Madame la Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’Extérieur,
Mesdames et Messieurs les Ministres et autres chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,
Pour la première fois depuis sa création, en septembre de l'année dernière, notre Groupe se réunit en dehors du siège de l'Union africaine, à Addis Abéba. Le choix de Niamey n'est évidemment pas le fruit du hasard.
Il s'est agi certes de répondre à l'invitation des autorités nigériennes, qui, en janvier dernier, avaient exprimé le vœu d'abriter ces assises. Mais il y'a plus: en venant à Niamey, nous affirmons aussi notre volonté de nous rapprocher autant que possible des réalités du terrain en Libye et de mieux apprécier l'ampleur des défis que nous nous devons de relever.
Le Niger partage avec la Libye une frontière longue de plus de 350 kilomètres. Comme d'autres pays du voisinage, le Niger subit de plein fouet les conséquences de la crise libyenne : conséquences sécuritaires, avec la prolifération d'armes provenant des anciens arsenaux de ce pays et les activités des groupes armés et terroristes qui opèrent avec une relative aisance du fait de la porosité des frontières et des défis spécifiques à l’espace sahélo-saharien ; conséquences socioéconomiques liées au retour au pays des travailleurs migrants nigériens qui vivaient en Libye et à la perte concomitante des revenus qu'ils généraient, ainsi qu’aux menaces qui pèsent sur des infrastructures vitales et des secteurs importants de l’économie nationale.
Je remercie les autorités nigériennes pour la chaleur de leur accueil et leur hospitalité généreuse. En décidant d'abriter cette réunion, elles apportent une preuve supplémentaire de leur engagement à contribuer à la recherche d'un règlement rapide à la crise qui affecte la Libye. Je voudrais saisir cette occasion pour, à nouveau, exprimer l'appréciation de l'Union africaine au Président Mahamadou Issoufou pour son action constante en faveur de la paix et de la sécurité régionales. La participation du Niger à la libération du Nord Mali et sa contribution à la Mission des Nations unies au Mali – MINUSMA, sous forme de personnels en uniforme, ainsi qu'à l'action en cours contre le groupe terroriste Boko Haram, en sont une éloquente illustration.
Mesdames et Messieurs,
En nous réunissant ici, nous marquons à nouveau notre solidarité avec le peuple libyen. Nous partageons ses peines et son incompréhension face à une violence insensée, dont le seul effet est de compliquer encore davantage la situation. Clairement, les appels que notre Groupe, mais également le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies, ont lancés pour que les parties mettent un terme à la violence et s’engagent sur la voie du dialogue n’ont pas été entendus.
Les événements de ces dernières semaines sont venus illustrer ce regrettable état de fait. Entre autres, il importe de relever la poursuite des combats entre les parties belligérantes en divers endroits de la Libye; la persistance de graves menaces sur les infrastructures pétrolières, objet de convoitises et d’affrontements armés, alors même que leur préservation est si vitale pour l’avenir du pays; et les bombardements aériens contre des infrastructures diverses. À cela s'ajoute l'aggravation de la menace terroriste, qu'attestent les déclarations d'allégeance à l'Etat islamique faites par au moins trois entités terroristes, et l’assassinat lâche et de sang froid de ressortissants égyptiens de religion chrétienne, au mois de février dernier.
L'attaque perpétrée, il y a moins de deux semaines, contre le Musée du Bardo à Tunis est une autre illustration tragique des défis que pose la situation présente en Libye. En effet, les membres du commando ayant conduit cette attaque ont été formés en Libye.
Plus au nord, l'effondrement de ce qui restait encore des structures étatiques en Libye a favorisé l’augmentation des flux illégaux de migrants vers l'Europe. Outre qu'ils enrichissent les groupes criminels qui les organisent, ces flux donnent aussi lieu à d'innombrables drames humains, face auxquels la communauté internationale semble impuissante.
En somme, nous sommes en face d’une situation particulièrement catastrophique. Elle l’est, d’abord et avant tout, pour les Libyens, dont l’aspiration à l’état de droit et à la démocratie et les espoirs de bien-être, au lendemain de la révolte populaire de février 2011, se sont ainsi trouvés trahis. Elle l’est aussi pour les pays voisins, tant immédiats que lointains, dont la stabilité et la sécurité sont compromises par l’anarchie qui règne en Libye. La qualification de la situation par le Conseil de sécurité des Nations unies comme constituant une menace à la paix et à la sécurité internationale est on ne peut plus appropriée.
Mesdames et Messieurs,
Face aux défis qui nous interpellent, nous trouvons un certain réconfort dans les efforts que déploient les Nations unies et les pays voisins pour aider les Libyens à retrouver la voie du dialogue, en fait celle de la raison. Je salue les initiatives prises visant à favoriser un dialogue politique inter-libyen et le parachèvement de la transition en cours, notamment à travers la formation d’un Gouvernement d’union nationale.
Les Etats du voisinage restent activement engagés dans la recherche d’une solution. Leur sollicitude est non seulement l’expression de leur solidarité constante avec la Libye et son peuple meurtri, mais elle procède aussi de leur communauté de destin avec ce pays. Ils ne peuvent et ne sauraient rester indifférents face à une situation qui les menace au premier chef. Aussi doivent-ils être pleinement consultés sur la recherche d’une solution durable à la crise et effectivement associés aux efforts actuels de promotion d’un dialogue politique inter-libyen. Leur connaissance intime de la situation constitue une ressource inestimable que la communauté internationale gagnerait à exploiter au mieux.
Dans ce contexte, l’Union africaine attend avec espoir la concrétisation de l’initiative des pays voisins de la Libye visant à faciliter la réconciliation nationale entre les différents acteurs libyens, en particulier les efforts de l’Algérie. Lors de leur 9ème réunion consultative tenue récemment à Addis Abéba, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies ont exprimé leur appui à ces efforts.
Que la mobilisation internationale soit essentielle ne fait guère de doute. Toutefois, sans engagement des parties libyennes, les chances de succès seront minimes. Je voudrais encourager tous les acteurs libyens qui ont manifesté une volonté de dialogue à persévérer dans cette voie, la seule à même d’éviter à leur peuple davantage de souffrances, de sang et de larmes. Je salue les efforts sincères que déploie dans cette direction le Gouvernement légitime ici représenté. J’invite ceux qui persistent encore à croire aux vertus des armes à prendre conscience de l’inanité de leur entreprise et à se rallier aux efforts de paix. C’est ainsi que les Libyens pourront vaincre l’hydre terroriste, mener enfin à bon port la transition engagée depuis 2011, traduire dans les faits la profonde aspiration de leur peuple à la paix et à l’état de droit et redonner toute sa place à la Libye dans le concert des nations.
Mesdames et Messieurs,
L’efficacité de l’action internationale en appui aux acteurs libyens désireux d’engager leur pays sur la voie de la paix sera fonction de notre capacité à coordonner nos efforts et initiatives. C’est précisément la raison pour laquelle l’Union africaine, consciente des responsabilités qui lui incombent dans la promotion et le maintien de la paix sur le continent, a pris la décision de mettre en place ce Groupe international de contact. Notre ambition est de créer un forum au sein duquel nous pouvons échanger en toute transparence, mutualiser nos moyens, renforcer nos complémentarités et, partant, éviter les compétitions vaines et les double-emplois dispendieux, qui ne peuvent que nous éloigner que l’objectif poursuivi.
J’exhorte tous les membres du Groupe à tirer pleinement profit de l’existence de cette structure et à en renforcer l’efficacité. Notre réunion se doit de convenir de mesures pratiques à cet effet et de renouveler notre engagement partagé en faveur d’une action collective dans le cadre du Groupe de contact, tant il est vrai que celle-ci est gage de réussite.
Je ne saurais conclure sans assurer, à nouveau, nos sœurs et frères de Libye de notre solidarité, ainsi que de la détermination de l’Union africaine à rester à leur côté. Une Libye stable, démocratique et en paix sera un formidable atout pour l’Afrique. De fait, le combat des Libyens pour la paix est aussi celui de l’ensemble du continent. À Benghazi, Derna, Sebha, Syrte, Tripoli et dans bien d’autres endroits en Libye se joue une partie du destin du continent, en même temps que se posent des enjeux cruciaux pour la sécurité internationale. Malgré la difficulté de la conjoncture et l’immensité de la tâche, j’ai foi en notre capacité collective à relever les défis de l’heure.
Je vous remercie de votre aimable attention.
Posted by Limi Mohammed
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Allocution du Commissaire a la Paix et a la Sécurité de l’Union Africaine, Ambassadeur Smail Chergui, Troisième réunion du groupe international de contact pour la libye, Niamey, Niger, 1er Avril 2015 
