Communiqué de la 1267e réunion du Conseil de paix et de sécurité, tenue le 20 mars 2025 au niveau ministériel sur l'intelligence artificielle et son impact sur la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique Last Updated on Wednesday 09 April 2025


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Adopté par le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) à sa 1267e réunion, tenue  le 20 mars 2025 au niveau ministériel sur l'intelligence artificielle et son impact sur la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique.

Le Conseil de paix et de sécurité,

Rappelant ses décisions et déclarations antérieures sur l'intelligence artificielle (IA) et la paix et la sécurité, en particulier le Communiqué [PSC/PR/COMM.1214 (2024)] adopté à sa 1214e réunion tenue le 13 juin 2024 ;

Notant les discours d'ouverture de l'honorable Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger du Royaume du Maroc et Président du CPS de l'UA pour le mois de mars 2025, et de S.E. Mahamoud Ali Youssouf, Président de la Commission de l'UA ;

Notant également le discours liminaire de S.E. l'Ambassadeur Bankole Adeoye, Commissaire de l'UA aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité, et la déclaration de M. Bernardo Mariano Junior, Sous-secrétaire général, Directeur général des technologies de l'information, Chef du Bureau de l'informatique et des communications des Nations Unies (UNOICT) ; et

Agissant en vertu de l'article 7 de son Protocole, le Conseil de paix et de sécurité,

1. Prend note de la mise en place du Groupe consultatif de l'UA sur l'impact de l'intelligence artificielle sur la paix, la sécurité et la gouvernance en Afrique ; et attend avec intérêt son rôle actif en matière de conseils au Conseil et à la Commission de l'UA en vue de l'intégration de l'IA dans tous les processus de paix et de gouvernance, notamment en facilitant son introduction dans les initiatives de consolidation de la paix, les élections démocratiques, et en en tirant parti pour la médiation, la réconciliation et la reconstruction post-conflit ;

2. Souligne la nécessité d'intégrer les outils d'IA dans les stratégies africaines de paix, de sécurité et de gouvernance afin de promouvoir un développement inclusif et durable sur le continent, ainsi que la nécessité d'intégrer l'IA dans la gestion des missions de maintien de la paix de l'UA afin d'assurer l'optimisation du déploiement des troupes et des ressources ;

3. Souligne également la nécessité de sensibiliser les États africains aux risques liés à l'utilisation croissante de l'IA, y compris l'IA militaire par des acteurs non étatiques, en particulier les groupes armés, les séparatistes et les groupes terroristes, qui pourraient déstabiliser la sécurité et accroître les conflits en Afrique ;

4. Demande à la Commission de l'UA de développer et d'intégrer des systèmes d'alerte précoce basés sur l'IA pour soutenir la prise de décision et les efforts des États membres de l'UA, de l'UA et des Communautés économiques régionales et Mécanismes régionaux (CER/MR) en matière de détection des signaux de radicalisation, de violence communautaire et de nouveaux conflits ; à cet égard, encourage les États membres de l'UA, les CER/MR à renforcer la coordination et le partage d'informations, ainsi que l'interopérabilité des systèmes de surveillance ;

5. Souligne la nécessité de promouvoir une gouvernance inclusive de l'IA en associant toutes les parties prenantes, les citoyens, la société civile, les chercheurs et le secteur privé aux réflexions sur l'IA et ses applications afin de s'assurer que les technologies répondent aux besoins et aux aspirations des populations africaines ; et encourage également les partenariats public-privé à soutenir l'innovation africaine en matière d'IA et de cybersécurité ;

6. Souligne la nécessité impérieuse de créer un centre d'excellence africain en matière d'IA pour l'évaluation des menaces et le renforcement des capacités afin de soutenir les initiatives de paix et de sécurité sur le continent, ainsi que de mettre en place une académie panafricaine pour la promotion de l'IA qui produira une expertise africaine dans ce domaine et promouvra la formation universitaire en IA sur le continent ;

7. Encourage les États membres de l'UA à mettre en place des centres nationaux d'intelligence artificielle, ainsi que des partenariats entre ces centres et les organisations internationales travaillant dans le domaine de l'IA, telles que l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) ;

8. Encourage également l'élaboration d'un cadre réglementaire africain sur l'IA et la sécurité qui réponde aux défis spécifiques du continent et soit conforme aux normes internationales telles que les lignes directrices éthiques, alignées sur la résolution 78/265 des Nations unies et la recommandation de l'UNESCO de 2021 sur l'éthique de l'IA ;

9. Souligne la nécessité de promouvoir une utilisation responsable, transparente, équitable, pleinement représentative et bénéfique de l'IA, en veillant au plein respect de la vie privée et de la diversité culturelle ;

10. Demande à la Commission de l'UA d'élaborer la position africaine commune sur l'IA et son impact sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement en Afrique, et de tenir le Conseil régulièrement informé des développements sur le terrain ; demande également à la Commission de l'UA d'élaborer une Charte africaine sur l'utilisation responsable de l'IA, avec une section consacrée à la promotion de l'utilisation pacifique de l'IA en vue de promouvoir la paix et la sécurité en Afrique ;

11. Appelle les États membres de l'UA à adopter des législations nationales pour réglementer l'utilisation de l'IA, notamment en ce qui concerne la gouvernance, la paix et la sécurité ; et les encourage à élaborer des stratégies nationales en matière d'IA alignées sur la stratégie et le cadre continentaux ;

12. Appelle également les États membres de l'UA, qui ne l'ont pas encore fait, à signer et à ratifier la Convention de l'UA sur la cybersécurité et la protection des données à caractère personnel (Convention de Malabo) adoptée en 2014 par la 23e Conférence des chefs d'État et de gouvernement de l'UA ;

13. Souligne l'importance de mettre en place un mécanisme de suivi et d'évaluation de l'impact de l'IA sur la paix et la sécurité, tel qu'un centre de veille de l'UA chargé de suivre les développements de l'IA dans le monde et en Afrique, et d'informer régulièrement les États membres de l'UA, les CER/MR et l'UA sur l'état de l'IA, en particulier son impact sur la gouvernance, la paix et la sécurité en Afrique ;

14. Souligne la nécessité de partager les bonnes pratiques entre les États membres de l'UA et les partenaires ; à cet égard, souligne la nécessité de promouvoir des partenariats stratégiques avec les institutions internationales, les entreprises technologiques et les universités afin de renforcer les capacités locales en matière d'IA, de partager les bonnes pratiques et d'accéder aux technologies de pointe ; et encourage les États membres de l'UA, avec le soutien de la Commission de l'UA, à mettre en place des liens de partenariat et de collaboration stratégiques avec les pays et les institutions qui réalisent déjà des progrès remarquables dans le domaine de l'IA, tant en Afrique que dans le monde ;

15. Demande à la Commission de l'UA d'organiser un forum africain réunissant les parties prenantes et les partenaires concernés afin de discuter de l'IA en tant qu'outil clé pour partager les bonnes pratiques et les stratégies en faveur de la paix, de la sécurité et de la gouvernance en Afrique ;

16. Encourage les États membres à investir dans l'IA, en particulier dans des domaines prioritaires tels que la cybersécurité, la gouvernance et la résilience des infrastructures essentielles ;

17. Appelle à la création d'un Fonds africain pour l'IA pour financer les infrastructures et les start-ups du continent dans le domaine de l'IA ; et appelle également les partenaires bilatéraux et multilatéraux à soutenir et à financer des initiatives dans le domaine de l'IA et à fournir une assistance technique en la matière ;

18. Souligne la nécessité de renforcer la coopération régionale et internationale dans le domaine de la cybersécurité et de la protection contre les menaces liées à l'IA ; et insiste sur la nécessité de promouvoir le transfert de technologie et d'expertise en matière d'IA dans un cadre bilatéral, régional ou multilatéral afin que l'IA puisse contribuer à réduire le fossé technologique en Afrique ; et encourage l'institutionnalisation d'un réseau africain de centres nationaux d'IA, avec l’organisation d’un conclave annuel pour coordonner nos efforts et nous permettre de parler d'une seule voix africaine influente sur l'avenir de l'IA ;

19. Souligne l'importance d'assurer une plus grande représentation de l'Afrique au sein des organismes mondiaux de réglementation et de gouvernance de l'IA et ce, afin que la révolution de l'IA profite à tous et ne creuse pas davantage le fossé technologique ni n'exacerbe les inégalités existantes, en particulier avec l'Afrique ;

20. Appelle à la mobilisation des efforts et à la complémentarité entre les différentes initiatives relatives à l'IA aux niveaux continental et international en s'appuyant sur des initiatives telles que le « Groupe des amis sur l'intelligence artificielle pour le développement durable » des Nations Unies, le Sommet de l'avenir et le Pacte numérique mondial des Nations unies, afin d'accélérer la mise en œuvre des aspirations pertinentes de l'Agenda 2063 et des objectifs de développement durable (ODD) ;

21. Demande à la Commission de l'UA d'élaborer des programmes de formation sur l'IA afin d'aider les États membres de l'UA à investir dans le capital humain en formant et en attirant les talents africains dans les domaines de l'IA ;

22. Décide de demeurer activement saisi de la question.

Posted by Abraham Kebede

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