COMMUNIQUÉ
Adopté par le Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) lors de sa 1345e réunion tenue le 6 mai 2026 sur le thème : « Discussion sur les stratégies africaines de lutte contre la criminalité transnationale organisée en Afrique » :
Le Conseil de Paix et de Sécurité,
Rappelant tous les communiqués et déclarations antérieurs relatifs aux fléaux que sont le terrorisme, la criminalité organisée, le trafic de drogue, la traite des personnes, les flux financiers illicites et la situation dans les régions préoccupantes, notamment le Sahel, le Bassin du Lac Tchad, la Corne de l’Afrique et la Région des Grands Lacs, en particulier le Communiqué [PSC/PR/COMM.1279 (2025)] adopté lors de sa 1279e réunion tenue le 14 mai 2025 ; le Communiqué [PSC/PR/COMM.1082 (2022)] adopté lors de sa 1082e réunion tenue le 6 mai 2022 ;
Se référant à la Convention de l’UA sur la Prévention et la lutte contre la corruption (Maputo, 2003) ; au Plan d’Action de l’UA sur le contrôle des drogues et la prévention de la criminalité (2019-2025) et au Cadre qui lui succédera, actuellement en cours d’élaboration ; au Plan d’Action de Ouagadougou pour la lutte contre la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants (2006) ; la Stratégie de l’UA sur le contrôle de la prolifération, de la circulation et du trafic illicites d’armes légères et de petit calibre, ancrée dans la Déclaration de Bamako (2000) ; la Feuille de route principale de l’UA sur les mesures concrètes visant à faire taire les armes en Afrique à l’horizon 2030 (Lusaka, 2016) ; les directives continentales pour le partage d’informations et de renseignements en vue de lutter contre la traite des personnes et le trafic de migrants (Kampala, décembre 2024) ; et le Cadre d’action stratégique de Gaborone pour le renforcement des réponses continentales visant à lutter contre la production et le trafic illicites de drogues de synthèse et la criminalité transnationale organisée qui y est liée (août 2025) ; et l’Aspiration 4 de l’Agenda 2063, qui envisage une Afrique pacifique et sûre ;
Prenant note des remarques liminaires de S.E. Ambassadeur Nasir Aminu, Représentant permanent de la République fédérale du Nigéria auprès de l’UA et Président du CPS pour le mois de mai 2026 ; de la déclaration introductive de S.E. Ambassadeur Bankole Adeoye, Commissaire aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité, lue en son nom par Mme Neema Chusi, Cheffe du Secrétariat du CPS ; de la déclaration de S.E. Ambassadeur Jalel Chelab, Directeur par intérim du Mécanisme de l’UA pour la coopération policière (AFRIPOL), lue en son nom par Dr Mohamed Benaired ; de la déclaration de S.E. M. Jacksom Hamata, Secrétaire exécutif du Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique (CISSA) ; ainsi que de la déclaration de Mme Precious Obonetse Tlhabiwa, Représentante spéciale de l’Organisation internationale de police criminelle (INTERPOL) auprès de l’UA ; et
Agissant en vertu de l’Article 7 de son Protocole, le Conseil de Paix et de Sécurité:
1. Exprime sa profonde préoccupation face à la transformation inquiétante du paysage criminel en Afrique, marquée par l’émergence d’un écosystème criminel intégré, hybride et transnational dans lequel le terrorisme, le trafic de drogue, la traite des personnes, la criminalité environnementale, la cybercriminalité et la criminalité financière convergent de plus en plus, partageant des couloirs, des mécanismes de financement et une logistique opérationnelle, compromettant ainsi les efforts de l’UA pour traiter les questions de paix, de sécurité et de développement à travers le continent, et mettant en péril la réalisation de l’Aspiration 4 de l’Agenda 2063 et de l’objectif de Faire taire les armes en Afrique ; exprime également sa profonde préoccupation face aux préoccupations suivantes:
a) le lien de plus en plus étroit entre le terrorisme l’extrémisme violent et la criminalité organisée transnationale, en particulier dans le Sahel central et le Bassin du Lac Tchad, où le niveau de menace est jugé de très élevé à critique, et où les groupes armés non étatiques s’intègrent de plus en plus dans les chaînes logistiques criminelles par l’organisation, la protection et la taxation des activités de trafics, ainsi que par la capacité avérée de ces groupes à coordonner des opérations complexes, comme l’illustrent les attaques simultanées du 25 avril 2026 à Bamako, Gao et Kidal visant des infrastructures de l’État ;
b) la transformation numérique rapide de la criminalité organisée, la cybercriminalité et la criminalité financière occupant désormais une place centrale dans l’économie criminelle, comme en témoignent la convergence de la cyber fraude, du blanchiment d’argent basé sur les crypto monnaies, de l’exploitation des plateformes de paiement mobile, ainsi que l’utilisation avérée par le JNIM, Ansaru et l’ISWAP de cryptomonnaies et d’outils de communication cryptés à des fins de financement, de recrutement et de coordination opérationnelle ; l'expansion géographique de la menace terroriste, notamment la projection vers le Sud du JNIM en direction des États côtiers d'Afrique de l'Ouest et du nord du Bénin, la consolidation de l'État islamique au Sahel dans l'Est du Niger, et la portée opérationnelle persistante d'Al-Shabaab au Kenya et au-delà, indiquant un effort stratégique des groupes terroristes pour accéder aux corridors économiques et au littoral atlantique ;
c) Le profil de risque élevé en matière de blanchiment d’argent en Afrique centrale, en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, tel que documenté par l’Indice AML 2025 de Bâle sur la lutte contre le blanchiment d’argent, et par le rôle central des flux financiers illicites dans le maintien de la résilience opérationnelle des réseaux criminels et terroristes à travers le Continent ;
d) l'intégration structurelle de la criminalité environnementale dans les économies criminelles organisées transnationales, en particulier le trafic illicite d'or provenant de la région de l'Ituri en République démocratique du Congo, acheminé via des couloirs d'Afrique centrale et vers les marchés internationaux, le trafic persistant d'ivoire le long du couloir d'Afrique de l'Est, et la militarisation de ces activités, les pertes annuelles liées à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) en Afrique de l'Est étant estimées à 415 millions de dollars américains ;
e) l’hybridation de la traite des personnes avec la cybercriminalité, notamment les cas où des ressortissants africains sont recrutés sous de faux prétextes et transférés au-delà des frontières pour être exploités dans des opérations d’escroquerie en ligne, ainsi que le rôle persistant de la Libye comme plaque tournante majeure de l’exploitation humaine, où les migrants sont soumis à des abus a systémiques, à la servitude pour dettes et à l’extorsion dans des installations clandestines, en particulier à Kufra ; et
f) L’émergence de capacités de production de drogues de synthèse sur le Continent, notamment le démantèlement en 2025 d'un laboratoire clandestin à Khartoum capable de produire jusqu'à 100 000 comprimés par heure, la saisie de 93 kg de méthamphétamine sous forme de cristaux au port de Benghazi, et les implications de ces évolutions quant à la position de l'Afrique comme zone de production de drogues de synthèse ;
2. Souligne la nécessité d'adopter des approches intégrées fondées sur la confiance mutuelle ainsi que des modèles de partage de renseignements entre agences aux niveaux national et régional, et appelle en particulier au renforcement des opérations transfrontalières visant les réseaux criminels transfrontaliers, notamment sur les axes Sahel-Afrique du Nord-Europe et du Golfe de Guinée ;
3. Appelle les États membres de l’UA à créer des unités conjointes de police, des douanes, de renseignement financier et de cybercriminalité le long des couloirs criminels identifiés, plutôt que de travailler de manière isolée en fonction des typologies de la criminalité ;
4. Exhorte les États membres à harmoniser leurs plans d’action opérationnels nationaux et leurs indicateurs de performance dans les secteurs couvrant les questions liées aux arrestations effectuées, aux réseaux criminels et aux infrastructures démantelés, ainsi qu’aux flux financiers illicites interceptés, tracés, récupérés et restitués dans différentes régions d’Afrique et, à cet égard, lance un appel aux Communautés économiques régionales et aux Mécanismes régionaux (CER/MR) qui ne l’ont pas encore fait afin qu’ils envisagent d’adopter des mécanismes d’entraide judiciaire et d’extradition des éléments criminels fondés sur la confiance ;
5. Demande également aux États membres de l'UA, en particulier ceux des régions d'Afrique centrale, orientale et occidentale, de renforcer leurs mécanismes respectifs de lutte contre le blanchiment d'argent et les flux financiers illicites ; souligne la nécessité de développer des capacités avancées d'enquête financière, de renforcer les mécanismes de contrôle interne, d'audit et d'intégrité au sein des institutions publiques, notamment les douanes, la police et banques, et de mettre en place des mécanismes de traçabilité des saisies et des flux financiers afin de lutter contre le détournement de fonds, en particulier dans les zones critiques telles que les aéroports et les ports maritimes ; ainsi que de renforcer la capacité de leurs agents chargés de l’application de la loi à détecter, infiltrer et démanteler les réseaux criminels numériques et, à cet égard, appelle au renforcement des partenariats entre les secteurs national, international et privé afin d’améliorer la détection précoce des menaces ;
6. Souligne l’importance de renforcer davantage la présence des forces de sécurité nationales et les capacités de surveillance des États membres, en particulier sur les principaux axes stratégiques tels que le Sahel, le Golfe de Guinée et la Corne de l’Afrique, et, à cet égard, invite les partenaires internationaux et les États membres de l’UA qui sont en mesure de le faire à soutenir les pays de ces régions en leur fournissant des technologies de surveillance, telles que des drones, l’imagerie satellite, des systèmes de cartographie et de traçabilité, afin de leur permettre de contrer plus efficacement les stratégies d’adaptation tactique des réseaux criminels ;
7. Encourage les États membres de l'UA à mettre en place des programmes ciblés de lutte contre toutes les formes de traite, de radicalisation et de recrutement criminel, en tenant compte des causes profondes et des facteurs structurels qui les alimentent, et en intégrant la bonne gouvernance, le développement des infrastructures et les dimensions socio-économiques dans les stratégies visant à contrer les activités des réseaux criminels organisés ;
8. Appelle à l’intégration de l’analyse de la criminalité organisée transnationale dans le mécanisme d’alerte précoce de l’UA, les efforts de médiation, les régimes de sanctions, les Opérations de soutien à la paix, la Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS), les efforts de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR), ainsi que les processus de stabilisation et de Reconstruction et de Développement Post-Conflit (RDPC) ;
9. Souligne la nécessité de renforcer la gouvernance des ressources naturelles, en particulier les capacités nationales en matière de traçabilité des ressources et de récupération des ressources naturelles exploitées et exportées illicitement, ainsi que de renforcer la présence et le contrôle des pouvoirs publics dans les zones d'extraction ainsi que dans les ports et autres voies de transport de ces ressources ;
10. Félicite AFRIPOL, le Centre de lutte contre le terrorisme de l'UA (AUCTC), le CISSA, INTERPOL et l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour leurs efforts inestimables dans la lutte contre la criminalité organisée transnationale en Afrique, et souligne l'importance de leur fournir les ressources humaines, techniques et financières adéquates pour leur permettre de s'acquitter efficacement de leur mandat ;
11. Demande à la Commission de l'UA, en étroite collaboration avec l'AFRIPOL, l'AUCTC, le CISSA et le Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP), de finaliser, avant la fin de l'année 2026, une matrice des risques et des menaces pesant sur la paix et la sécurité en Afrique, qui servira d'outil au Système continental d'alerte précoce ;
12. Charge la Commission de l’UA, en collaboration avec les structures compétentes de l’UA, de mener une étude sur les sources de financement des réseaux criminels en Afrique, dans la limite des ressources disponibles, en vue d’envisager des mesures ciblées visant à tarir ces sources et, par conséquent, à réduire la capacité opérationnelle de ces réseaux criminels ;
13. Charge en outre la Commission de l’UA, en étroite collaboration avec AFRIPOL, de mettre en place un mécanisme continental structuré et intégré s’inspirant du système de notices d’INTERPOL, associé à un cadre africain de « mandat continental » ;
14. Charge l'AFRIPOL, en coordination avec la Commission de l'UA et les CER/MR, de mettre en place, dans le respect des procédures en vigueur, un mécanisme continental de renseignement criminel chargé de cartographier, d'analyser et de diffuser en continu les flux, les couloirs et les réseaux criminels, dans la limite des ressources disponibles, et de présenter chaque année au Conseil de Paix et de Sécurité une évaluation consolidée des menaces à l'échelle continentale ;
15. Encourage la Commission de l’UA, les partenaires internationaux et les États membres en mesure de le faire à mobiliser des ressources financières et humaines adéquates, y compris des contributions volontaires, pour soutenir le développement des activités d’analyse, d’opération et de renforcement des capacités d’AFRIPOL ;
16. Décide de demeurer activement saisi de la question.
Posted by Situation Room ICU
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