Discours d’ouverture de S.E Dr Nkosazana Dlamini-Zuma, Présidente de la Commission de l’UA, lors du 6eme réunion du groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali Last Updated on Saturday 02 November 2013


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Excellence, M Mohamed Ali Bathily, Ministre de la Justice et Premier ministre par intérim,

Excellences membres du Gouvernement et des Institutions de l’Etat,

M. Kadré Ouedraogo, Président de la Commission de la CEDEAO,

M. Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Opérations de maintien de la paix,

M. Said Djinnit, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest,

M. Albert Koenders, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies au Mali,

M.Hayia Lawal, Représentant de l’Organisation de la Coopération islamique,

M. Michel Reveyrand, Représentant spécial de l’Union européenne,

Membres du corps diplomatique et représentants d’organisations internationales,

Mesdames et Messieurs,

Le 19 octobre 2012, à peine quatre jours après que j’ai officiellement pris fonction comme Présidente de la Commission de l’Union africaine, j’entreprenais ma première visite officielle en cette qualité ici même à Bamako. J’avais alors pris part à la deuxième réunion du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali.

Aujourd’hui, presque un an après, jour pour jour, me voilà à nouveau à Bamako, pour prendre part à la 6ème réunion du Groupe. Entre ces deux rencontres, beaucoup de choses se sont passées. Beaucoup de choses en effet!

A cette période, l’année dernière, la quasi-totalité des régions du Nord étaient sous le contrôle de différents groupes armés et terroristes. L’autorité de l’Etat s’était effondrée dans ces régions. Les souffrances des populations déplacées et des réfugiés, notamment les femmes, les enfants et les personnes âgées, étaient évidentes. L’intégrité territoriale du Mali et son unité nationale étaient remises en cause.

Certes, un Gouvernement de transition était en place, mais il faisait face à de nombreux défis pour pouvoir mettre en œuvre de façon harmonieuse et cohérente la Feuille de route pour la Transition. En fait, l’adoption de cette Feuille de route n’intervînt que trois mois après. La communauté internationale en était encore à discuter de la stratégie la meilleure pour intervenir.

Aujourd’hui, un an après, le paysage a complètement changé.

Il s’agit d’un vrai renversement de situation: l’occupation des régions septentrionales a pris fin et la vie y a normalement repris son cours; un Accord de paix a été signé, qui ouvre la voie à des pourparlers inclusifs; des élections présidentielles ont été organisées avec succès et un chef d’Etat investi d’une véritable légitimité est au pouvoir. J’ai eu l’occasion de féliciter le Président Kéita pour la confiance que le peuple malien a placé en sa personne. La priorité de l’heure porte sur l’organisation, dans quelques semaines, des élections législatives.

Il y a un an, nous étions désespérés face à l’état de l’économie et à la destruction des biens; aujourd’hui, nos propos sont dominés par le développement et la Renaissance du Mali. L’on pourrait continuer cette énumération. En bref, la situation a changé pour le mieux.

Il va sans dire que ce changement n’a pas été le fruit du hasard. Il a été le résultat d’efforts concertés entre différents acteurs, au Mali, à la CEDEAO et, plus largement, au sein de la communauté internationale. En ce qui la concerne, l’Union africaine est résolue à accompagner le Gouvernement et le peuple malien, en cette étape certes encore difficile, mais prometteuse de leur histoire.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

En cette année de célébration du 50ème anniversaire de l’OUA/UA, sous le thème du Panafricanisme et de la Renaissance africaine, nous devons marquer d’une pierre blanche la contribution du Mali et de son peuple. Lorsque nous évoquons les anciennes civilisations africaines, le Royaume du Mali occupe une place particulière au regard de son apport dans les domaines de la gouvernance, du commerce, de la métallurgie, des arts et de la culture, de l’éducation, du savoir et du rôle joué par les femmes.

Comme membre fondateur de l’OUA, le Mali a joué un rôle essential dans la quête de l’unité continentale et le parachèvement du processus de décolonisation. Dans l’édification d’un Etat postindépendance, le Mali a reconnu l’importance de la gestion de la diversité de ses différentes composantes, avec leurs cultures, langues et religions, ainsi que celle d’une cohabitation paisible.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,


Au moment où le Mali émerge de ses récentes difficultés, il importe de tirer les leçons de cette riche tradition et histoire, pour faire avancer la cause de la paix, de la réconciliation et de l’inclusion. Il s’agit, ce faisant, de promouvoir un contrat national pour la reconstruction et le développement du pays.

Alors que nous sommes réunis ici pour examiner les voies et moyens les meilleurs pour accompagner le Mali dans la période qui s’ouvre, nous devons saisir cette occasion pour réitérer notre attachement indéfectible au respect de l’unité, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Mali. L’autorité de l’Etat doit être rétablie sur toute la partie septentrionale du pays. Il ne peut y avoir d’exception à cette règle.

Aussi notre réunion doit-elle insister sur la nécessité pour les groupes armés d’évacuer inconditionnellement et immédiatement les bâtiments publics. Nous devons, en termes dépourvus de toute équivoque, demander aux groupes armés de faire leur le processus de paix et de réconciliation. En somme, nous devons dire que trop c’est trop, animés que nous sommes par la conviction que le Mali et son peuple ne peuvent continuer à être tenus otages de considérations et d’intérêts étroits.

Nous devons encourager le Gouvernement et les groups armés du nord à continuer à mettre en œuvre, et de bonne foi, l’Accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin 2013. A cet égard, nous devons rappeler avec force que la promotion durable de la paix et de la reconstruction n’est possible qu’à la condition que les femmes, qui constituent plus de la moitié de la population malienne, y soient pleinement associées.

Je rend hommage au Président Ibrahim Boubacar Keita pour la passion qui l’anime et pour les mesures courageuses qu’il a prises, dans le cadre de l’Accord de Ouagadougou, afin de promouvoir la confiance. Il s’agit là, indéniablement, d’un comportement d’homme d’Etat. Je l’assure du soutien et de la solidarité de l’UA.

L’Etat malien est dans une région (le Sahel et l’Afrique de l’Ouest), où les dynamiques à l’œuvre s’influencent mutuellement. Il en découle que la coordination régionale est un impératif. Nous savons tous que certains des défis auxquels le Mali est confronté – le terrorisme et d’autres formes de criminalité transnationale, l’intégration et la prospérité partagée – ne peuvent trouver des réponses qu’à travers la coopération et la coordination régionales.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

A la suite du transfert d’autorité de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine à la Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation au Mali (MINUSMA), le 1er juillet 2013, la Commission de l’UA a estimé nécessaire de réaffirmer son attachement au Mali et au reste de la région du Sahel. C’est dans ce contexte que l’UA a décidé d’établir sa Mission pour le Mali et le Sahel dont le siège est à Bamako.

L’axe principal d’action de la MISAHEL porte sur la promotion d’une gouvernance inclusive et effective, l’égalité des sexes et la coopération sécuritaire régionale. Je suis heureuse que l’ancien Président Pierre Buyoya, notre Haut Représentant pour le Mali et le Sahel, ait accepté de rester à Bamako comme chef de la MISAHEL. Nous travaillons présentement à l’opérationnalisation intégrale MISAHEL de façon à contribuer plus effectivement aux efforts visant à relever les défis auxquels la région est confrontée. Je suis encouragée, d’ores et déjà, par le fait que le Processus de Nouakchott, initié par la Commission de l’UA en mars de cette année, s’est avéré être un outil irremplaçable dans le renforcement de la coopération sécuritaire entre les pays de la région sahélo-saharienne et dans l’opérationnalisation de l’Architecture continentale de paix et de sécurité et de l’Architecture africaine de gouvernance dans la région.

La présente réunion est une démonstration opportune de solidarité internationale. Je voudrais, en clôturant mon allocution, souligner l’importance de la coopération et de la consultation entre les différents acteurs internationaux concernés. C’est la condition d’un soutien efficace et la garantie que nous ne tomberons pas dans le piège d’une compétition malsaine.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Nos efforts doivent viser à renforcer la capacité de l’Etat malien et des ses populations, particulièrement les femmes et les jeunes, pour leur permettre de s’approprier et de conduire la Renaissance malienne. Je n’ai aucun doute que le Mali, avec sa riche histoire et culture, son peuple généreux et fier, et son attachement de longue date au panafricanisme, retrouvera la place qui lui revient au sein de la communauté des nations africaines.

Nous avons besoin d’un Mali pacifique et stable, la même chose étant vraie pour tous les autres Etats africains. C’est à cette condition que l’Afrique peut réaliser son unité et investir dans ses ressources humaines. Alors que nous sommes endeuillés par la mort tragique de migrants africains au Niger et par de nombreuses autres tragédies similaires, nous nous devons d’investir davantage dans la jeunesse africaine, pour qu’elle ne soit pas contrainte d’entreprendre des périples aussi dangereux, abandonnant nos pays à la recherche d’un illusoire bien-être ailleurs.

Il ne peut pas y avoir de Renaissance africaine sans Renaissance malienne.

Je vous remercie

Posted by Shiferaw Degefa

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