Discours de Son Excellence Monsieur Evariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi, Président en exercice de l’Union africaine et Champion pour l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en Afrique, à l’occasion des cérémonies d’ouverture des travaux de la cinquième édition du Dialogue continental sur l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité et l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité en Afrique Last Updated on Tuesday 11 August 2026


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Thème central :
« Eau, Paix et Leadership inclusif en Afrique : institutionnalisation du rôle stratégique des jeunes et des femmes dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation durable de la paix grâce a? une gouvernance responsable des ressources »


Bujumbura, Palais Présidentiel de Kiriri, 10 août 2026

Rendons grâce au Seigneur Dieu Tout-Puissant dont la bienveillance et la protection nous accompagnent tous les jours. Qu’à Lui seul reviennent toute la gloire, tout l’honneur et toute la reconnaissance, aujourd’hui et pour toujours.

Excellences Mesdames et messieurs
Chers jeunes africains

C'est avec un profond respect et un sincère plaisir que nous vous accueillons en cette journée du 10 août 2026, consacrée à l'ouverture des travaux de la Cinquième Édition du Dialogue Continental sur l'Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité en Afrique, étendu cette année à l'Agenda Femmes, Paix et Sécurité.

En ma qualité de Président de la République du Burundi, de Président en exercice de l’Union Africaine et Champion de l’Union Africaine pour l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, c’est avec une immense joie que je vous souhaite la bienvenue à Bujumbura, consacrée Capitale africaine de la Jeunesse par la Décision 868 de la 37ème Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine qui a institutionnalisé ce Dialogue Continental comme un événement devant prendre place, chaque année ici à Bujumbura.

Votre présence dans notre capitale économique est, pour le Burundi, un grand honneur. Elle témoigne de la confiance que notre continent place en cette ville devenue un espace privilégié de dialogue, d’innovation et de mobilisation des jeunes en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable.

Que votre séjour à Bujumbura vous permette non seulement de mener des échanges fructueux, mais aussi de découvrir l’hospitalité légendaire du Peuple Burundais, ainsi que les richesses naturelles et culturelles de notre pays, au cœur de l’Afrique.
Excellences ;
Mesdames, Messieurs ;

Nous nous réunissons aujourd’hui autour du thème : “ Eau, Paix et Leadership inclusif en Afrique : institutionnalisation du rôle stratégique des jeunes et des femmes dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation durable de la paix grâce à une gouvernance responsable des ressources ».

Ce thème combien important illustre l'importance accordée à ces enjeux cruciaux qui sont Eau, Paix et leadership.
Sur ce, permettez-moi de vous partager ma réflexion sur ces sujets :
Des enjeux autour de l’eau

Excellences mesdames et Messieurs ;

Notre Union a placé l’année 2026 sous le thème : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».

Ce thème qui est le premier pilier stratégique de notre mandature à la présidence de l’Union Africaine reflète une réalité quotidienne pour des millions d’Africains.

Plus de 400 millions n’ont pas accès à une eau potable sûre, et près de 700 millions sont privés de services d’assainissement.

Les plus touchés sont enfants, femmes et populations rurales. On envoie un enfant puiser de l’eau à des kilomètres, rentrant fatigué et frustré. Quelquefois même les parents l’obligent à aller puiser de l’eau avant de se rendre à l’école.

Une femme, la houe sur l’épaule, quitte son champ avec un pot rempli d’eau sur la tête pour s’empêcher de retourner à la fontaine là en bas de la montagne.
Tout cela est un fardeau porté par la jeunesse et les femmes au quotidien.

C’est pour cette raison que dans notre programme du Burundi, pays émergent, nous avons décidé de tout faire pour que la fontaine qui est loin possible sera à 15 minutes aller et retour pour alléger ce poids pour les jeunes et les femmes dû à l’éloignement des fontaines d’eau potable.

En plus, à l’échelle globale, l’eau tend à être une source de conflit entre les États, ce qui constitue une menace pour la sécurité des citoyens.

Ainsi, notre objectif est de promouvoir une gestion durable et inclusive de l’eau, de renforcer la coopération pour une gouvernance solidaire des bassins, de mobiliser des investissements publics, privés et mixtes, et d’encourager l’innovation écologique.

Notre rôle est de sensibiliser tous les intervenants à impliquer les communautés locales et les groupes particuliers, dont les femmes et les jeunes, qui représentent une grande majorité de la population africaine, afin de transformer l’accès à l’eau en un levier de santé, de paix et de prospérité.

Ce thème d’aujourd’hui donc, reflète une conviction profonde : la paix durable en Afrique ne peut être instaurée sans une gestion responsable et équitable de nos ressources, en particulier de l’eau, qui constitue une source de vie et de développement, mais aussi une source de tensions lorsque sa gestion est inadéquate.

En effet, l'eau est une ressource vitale au cœur des dynamiques géopolitiques, socio-économiques et environnementales de notre siècle. En raison de sa rareté croissante, de sa mauvaise gestion ou de sa répartition inégale, elle est devenue un vecteur de tensions et d’affrontements : des tensions transfrontalières liées au partage des bassins hydrographiques, comme c’est le cas dans le bassin du Nil, qui avaient surgi entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte autour du barrage de la Renaissance.

C’est aussi le cas des conflits intersectoriels liés aux compétitions accrues entre les besoins agricoles (irrigation), industriels, énergétiques (hydroélectricité) et domestiques.

La question de la gestion des eaux ne concerne pas seulement les États. Elle s’étend aussi aux tensions entre communautés : des affrontements fréquents observés entre les agriculteurs sédentaires et les éleveurs transhumants autour de l'accès aux points d'eau et aux pâturages, notamment dans le Sahel.

Des facteurs aggravants sont aussi nombreux et on peut citer notamment :
Le changement climatique qui se manifeste par des sécheresses prolongées, imprévisibilité des pluies et désertification,
La pression démographique et urbanisation rapide entrainant l’augmentation continue de la demande globale,
La pollution et dégradation des écosystèmes qui entraine aussi la réduction de la quantité d'eau potable et exploitable disponible, etc

10.D’une autre face, l’accès sécurisé et équitable à l'eau constitue le pilier fondamental du développement durable, notamment dans :
Le développement humain et santé publique
Ainsi dans le secteur de la santé et de l’assainissement, l'accès à l'eau potable et à des infrastructures sanitaires réduit considérablement la mortalité infantile et les maladies d'origine hydrique.
Aussi, l’accès sécurisé et équitable à l’eau favorise l’Égalité des genres et l’éducation. Comme je l’ai dit, la corvée d'eau incombe disproportionnellement aux femmes et aux jeunes filles.
Réduire les distances d'approvisionnement libère du temps pour la scolarisation et l'autonomisation économique et contribue à prévenir les risques de violences fondées sur le genre.
Pour le développement économique et la sécurité alimentaire, la suffisance en eau constitue un facteur favorisant l’agriculture et la souveraineté alimentaire. L'irrigation maîtrisée augmente les rendements agricoles, sécurise la production face aux aléas climatiques et garantit la sécurité alimentaire.
En outre, l'hydroélectricité constitue une source d'énergie renouvelable majeure pour l'industrialisation des régions et l'alimentation des réseaux électriques.
En peu de mots, l’eau est un facteur de vie dans nos sociétés et si elle est mal gérée, elle risque de devenir un vecteur des conflits entre les communautés ou entre les États. C’est pour cette raison que ce dialogue continental ne peut se passer de la question de l’eau.
Excellences, Mesdames et Messieurs,

L’autre sujet qui nous occupe dans le thème de ce dialogue est la consolidation de la Paix et de la Sécurité.
En effet, le deuxième pilier de notre mandature est consacré à la consolidation de la paix et de la Sécurité, fondements indispensables de toute ambition de développement durable et d’intégration régionale et continentale.
Nous avons en Afrique des États en paix et stables, des États en conflit armé interne ou entre les États et des pays à risque.

L’objectif de l’Union africaine est de faire taire les armes et de consolider la paix en Afrique.

En effet, nous nous focalisons sur la paix et la sécurité pour rendre l’Afrique une zone de libre libre-échange continentale et cela exige la paix et la sécurité pour rendre libre la circulation des biens et services sur toute l’étendue du continent africain.

Nous ne pouvons donc pas espérer gagner ce pari tant qu’il y a des guerres entre les États et des conflits armés internes aux États. Nous devons donc éradiquer le terrorisme et d’autres sources de conflit en s’attaquant à leurs véritables causes.

En effet, les causes des conflits relèvent de trois ordres : d’une part, la faiblesse des institutions étatiques et la mauvaise gouvernance ; d’autre part, les facteurs économiques et les ressources ; et enfin, les causes liées à l’héritage colonial et à la géopolitique.

Premièrement, la faiblesse des institutions vient du fait que les dirigeants usent de la mauvaise conception des pouvoirs de l’Etat.

Souvent, ils oublient qu’ils sont de vrais représentants de l’Etat qui mettent en œuvre les missions régaliennes de l’Etat qui sont l’obligation de protéger les citoyens, de poursuivre et de juger les criminels. L’Etat parle une seule langue, l’unité, la paix et le bien-être de tous les citoyens sans distinction.

Une autorité étatique faible n’a pas les capacités d’imposer l’autorité de l’état et de garantir l’unité et la sécurité pour tous. Et quand cette faiblesse devient réelle, des individus se regroupent pour se protéger eux-mêmes et rivaliser avec les forces de l’État qui sont seules ayant le droit d’user de la force et responsables de l’application des lois. C’est cette rivalité qui, si elle est prolongée, aboutit à des tensions et à des conflits armés internes.

Deuxièmement, sur les facteurs économiques et les ressources comme causes de conflit, vous remarquerez tous que les pays en proie aux conflits sont des Etats qui ont de grandes potentialités de développement. Ce sont spécialement des pays du sud du Sahara, des pays qui regorgent des ressources naturelles. Ce sont, malheureusement, ces pays qui sont victimes de la convoitise d’autres puissances.
Cela est aggravé par le taux de chômage élevé dans ces pays et, profitant de ce besoin pressant des jeunes, les détracteurs les recrutent pour les faire entrer dans des groupes d’escadrons de la mort, ce qui freine encore le développement du pays.

En effet, je l’ai toujours dit, la solution au problème de chômage n’est pas la guerre. Je définis le chômage comme le manque de quoi faire et ce manquant se cherche quand on est stable dans l’esprit.

En troisième lieu, les autres causes de conflit dans nos Etats prennent naissance sur l’héritages coloniale de nos frontières.
En effet, la colonisation dans le cadre de diviser pour mieux régner, a tracé des frontières en regroupant les peuples sans considération de la cohésion nationale et en séparant les communautés homogènes pour favoriser les divisions au seins de ces territoires conquis par le colon.

Cette cohésion nationale, remise en cause par la colonisation, est devenue la vraie source des tensions ethniques après l’indépendance jusqu’à nos jours.

Excellences mesdames et Messieurs,
Chers jeunes africains ;

Ayant appris les causes réelles des conflits chez-nous en Afrique, nous avons le devoir de les prévenir la ou les États sont encore stable et les arrêter là ou ces conflits sévissent. L’UA a déjà instauré « l’initiative de Faire taire les armes », une initiative que le Burundi soutien fermement.

Pour y arriver, je me penche sur le principe selon lequel, faute de combattants, la guerre est terminée mais aussi faute d’objet la guerre est terminée. Nous, les leaders, devons étudier les mécanismes de démobilisation des combattants, ainsi que ceux susceptibles de participer aux conflits armés.


Pour ce faire, nous devons identifier ceux qui sont à même de participer aux conflits et qui sont connus : ce sont des personnes ayant encore de la force physique. Partout où il y a des conflits, les instigateurs sont des personnes âgées, tandis que les jeunes sont de véritables acteurs des conflits armés sur le terrain.
Une fois que ceux-ci se désengagent des fronts, obligatoirement, les conflits armés prennent fin.
Alors, déclarons ensemble : « Tubivemwo », désengageons-nous de l’esprit belliqueux et bâtissons ensemble un havre de paix, faisons de l’Afrique un havre de paix.

Je sais que c’est un engagement dur à mâcher et à digérer pour ceux qui sont engagés dans la guerre, car il se demande de ce qu’ils peuvent avoir en contrepartie de leur sort du moment qu’ils ont le sang sur les mains. Ce que je vous dis à ce jour, c’est que la paix et la sécurité sont la seule source du développement. On ne pourra pas combattre le chômage, on ne pourra pas éradiquer la pauvreté tant qu’on sera en guerre.

Ainsi, je m’adresse à vous, les jeunes encore dynamiques : changeons le narratif de l’Afrique. Faute de combattants, la guerre est terminée.
Refusons l’invitation des leaders politiques qui nous présentent des programmes sans issues.

Le chômage, ne vous y trompez pas, c’est manquer de quoi faire et nous ne pouvons pas dire qu’en Afrique, on manque quoi faire. Nos terres sont encore vierges, nous avons encore des ressources naturelles à transformer. Travaillons tant que nous avons encore la force pour ne pas regretter d’avoir perdu notre temps de la jeunesse.

Ne cherchons pas à travailler pour les autres, « be your own  boss » parce que ceux qui vous emploient vous exploitent, ils gagnent sur vous. Aller constater : ce que vous refusez de faire pour vous-mêmes, vous voulez le faire pour les autres et c’est là où ces autres gagnent sur nous.

Je m’adresse aussi à vous les femmes, vous les mamans. Vous êtes un groupe très important dans nos sociétés et aussi un groupe privilégié, pas parce que vous avez une force physique, mais parce que vous avez l’art de convaincre.

Les femmes sont des victimes, mais elles ont aussi un rôle à jouer pour prévenir les conflits et pour démobiliser ceux qui sont au front. Ce que femme veut Dieu fait ; c’est Marie qui a convaincu Jesus à changer l’eau en vin.

Vous, les femmes, vous êtes des mamans qui avez l’habileté de conseiller et de convaincre les hommes et les enfants, parce que c’est vous qui sentez les douleurs des conflits armés comme les douleurs de l’enfantement.

De ce dialogue continental, disons à nos leaders non aux conflits armés, appelons à la solidarité continentale contre les guerres et le terrorisme.
Engageons-nous à créer nous-mêmes l’emploi, car Dieu nous a créés pour travailler, et la matière première est encore là : elle nous attend.

Au lieu de nous regarder comme des ennemies, affirmons ensemble que notre ennemie commune est la pauvreté et coalisons-nous contre elle.

Excellence mesdames et Messieurs ;
Chers leaders politiques ;

L’expérience que nous avons sur notre continent montre que construire une paix durable nécessite des processus inclusifs de réconciliation, de renforcement de la cohésion nationale et de consolidation de nos institutions.

Cela repose aussi sur la promotion d’une gouvernance qui implique tout le monde, d’une justice sociale pour tous, de la lutte contre l’impunité et du développement économique intégral.

Nous ne devrions pas oublier de prendre en compte les facteurs de fragilité, tels que la pauvreté, les inégalités persistantes, l’exclusion des jeunes et la marginalisation de certaines composantes de nos sociétés, notamment les femmes.

À travers cette belle initiative, chacun de nous doit contribuer à une dynamique en pleine expansion sur le continent, où la jeunesse africaine devient un véritable pilier pour prévenir les conflits, renforcer la paix et bâtir un avenir commun.

Notre souhait est que ce dialogue continental fasse mieux connaître aux jeunes et aux femmes l’agenda africain de la paix et de la sécurité, tout en soulignant leur rôle essentiel dans la Renaissance africaine que nous espérons tous voir se réaliser.

J’ai le souhait de voir en Afrique se créer une nouvelle génération, une génération qui ne compte pas son avenir sur les mains des autres, une génération qui a un cœur apaisé, qui maîtrise ce pour quoi elle a été créée.

L'engagement des jeunes et des femmes est un élément vital pour relever les divers défis et pour bâtir un avenir plus durable pour notre continent. Les jeunes et les femmes, longtemps encartés, veulent se démarquer. Ils disposent des idées innovantes, de l’énergie et de la passion, et sont prêts à agir pour apporter des changements.

Il est impératif pour les leaders de les écouter, de les soutenir et de les inciter à prendre des initiatives en faveur du développement durable.

C’est ce que le Burundi a fait à travers le programme d’autonomisation économiques et de création d’emploi pour les jeunes (PAEEJ) et la création de la Banque d’investissement pour les jeunes et la Banque d’investissement pour les femmes.

J’ai demandé aussi aux services habilités d’étudier la possibilité de création du programme d’autonomisation économique des femmes. Nous espérons que bientôt ce souhait se réalisera.

C’est aussi dans ce cadre que des efforts visant à promouvoir la paix et la sécurité en Afrique, en particulier l’intégration de la contribution des jeunes et des femmes, ont été entrepris par l'Union Africaine.

En effet, plusieurs initiatives telles que l’adoption par l’Union Africaine de l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, visent à promouvoir l’autonomisation et l’engagement des jeunes dans les efforts de paix, de sécurité et de gouvernance à travers le continent.

L’adoption de la Résolution 2250 sur les Jeunes, la Paix et la Sécurité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, en 2015, a consacré l’inclusion des jeunes dans la construction de leur propre avenir, les invitant à prendre part à la création des solutions pacifiques dans les régions touchées par la violence et les conflits armés.
Excellences ;
Mesdames, Messieurs ;
L’autre sujet qui doit nous occuper dans ce dialogue est la question du leadership inclusif en Afrique.

D’abord nous devons comprendre que le leadership est cette direction qui connait ou elle veut amener le peuple dans le cadre du bien-être de tous. Tout le monde est né pour diriger car tout le monde est né avec la mission de dominer et travailler. Ainsi le leadership ne compte pas sur l’âge, le leadership est un esprit collectif qui crée ce qui peut être bénéfique pour nous tous.
Le problème que l’Afrique a connu est que la colonisation nous a entrainés dans un système où tu peux vivre sans avoir fourni aucun effort.

Ainsi nos États sont devenus comme une vache laitière où le choisi (celui qui dirige), est lui qui donne à qui il veut et quand il veut. C’est cela le début du conflit car chacun, qui se sent capable d’avoir une majorité, court pour gérer tout ce que l’État a comme patrimoine, non pour l’intérêt général mais pour intéresser un groupe de gens.

Il donne à qui il veut et quand il veut. C’est cela la dictature.

C’est pour cela que la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies de 1948, dans son préambule, stipule que : « Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’Homme soient protégés par un régime de droit pour que l’Homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression (…), les États doivent être régis par un régime de droit pour que chaque citoyen ait de la place pour s’épanouir .

Mais là aussi, je dois souligner : le droit doit se conformer aux coutumes et au droit des gens car il y a ceux qui ont tendance à s’arroger un droit « des peuples à disposer d’eux-mêmes ». On appelle cela l’impérialisme.

C’est le peuple qui doit décider comment il pourra orienter son destiné : son mode de gouvernance et son organisation et exercice du pouvoir de son État.

Ainsi donc, le leadership inclusif en Afrique est une approche de la direction et de la gouvernance qui valorise la diversité sous toutes ses formes : genres, générations, ethnies, catégories socio-économiques, et garantit que chaque individu participe activement aux décisions et au succès collectif.

En Afrique, cette gouvernance s’inspire des valeurs ancestrales tout en répondant aux urgences démographiques et économiques contemporaines du continent.

Ces valeurs ancestrales sont celles d’Ubuntu, de solidarité et d’unité.

Ici je dois souligner le concept de « Ubuntu ».

L’Ubuntu au Burundi, c’est ce qui est en moi et qui se trouve en toi. C’est ce sentiment que tu portes en toi et que tu dois transférer à ton prochain. C’est pour cela que tous les Hommes se ressemblent. Ils ont été créés à l’image de Dieu.

En kirundi si quelqu’un te dit : « Ngirira ubuntu », cela signifie : « Aie pitié de moi ». Si on dit : « Umuntu ni uwundi », c’est une interpellation pour te dire que ce qui m’arrive peut t’arriver toi aussi.
Donc sauve moi. Si on vous dit « Umuntu ni ubuntu, c’est-à-dire que l’Homme est cet esprit qui est en lui.
Ici chez-nous, nous pouvons dire que « Umuntu yapfuye agenda », c’est un mort vivant. Vous le voyez, même s’il est autorité, il est mort vivant.
Au Burundi un leader doit être « Umuntu w’ubuntu », sinon on ne le respecte pas.

Le leadership, intwaro, doit être composé des hommes intègres, « abantu b’abantu » : des Hommes sensibles (Homme au majuscule égale homme comme femme). Si on dit, « urahabera umugabo », même une femme peut être Homme et un homme peut ne pas être homme ».

Pour cela donc, le leadership inclusif met l’accent sur l’intégration effective des jeunes, des vieillards et des femmes et des personnes présentant une incapacité physique mais sain d’esprit dans le processus de prise de décision à différents niveaux.

Le thème central de cette année nous rappelle également que les jeunes et les femmes ne doivent plus être perçus comme de simples bénéficiaires des politiques publiques, mais comme des acteurs stratégiques dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation de la paix.

C’est cela l’égalité des chances, car tout le monde ne doit pas être dans les sphères de décision. Ce qui est essentiel est la liberté de chaque individu à se prononcer sur les politiques qui dirigent la nation.

Ainsi, les groupes particuliers et majoritaires, dont les jeunes et les femmes, doivent avoir le droit de regard sur toutes les politiques qui dirigent la nation. Leur participation active à tous les niveaux de prise de décision constitue donc une condition essentielle à la construction de sociétés plus inclusives et plus prospères.

Excellences ;
Honorables ;
Distingués Invités ;
Mesdames, Messieurs ;

Nous avons décidé d’associer les femmes à ce dialogue continental, car l’expérience a montré que leur participation à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix apporte toujours une valeur ajoutée au processus de prise de décision.

Oui ! Les mamans sont toujours des mamans ; des porteuses qui connaissent les douleurs de l’enfantement. Ce sont elles qui connaissent la douleur de perdre un être humain.

Il est honteux, humiliant et douloureux de négocier la paix après avoir perdu des semblables qu’on ne peut plus ressusciter. Ce sont les mamans qui en sentent la douleur !

C’est ainsi que le dialogue continental de cette année est structuré de manière complémentaire à l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité. Il s'agit d'un rendez-vous que nous souhaitons résolument intergénérationnel, encourageant des échanges ouverts et constructifs entre les jeunes, les femmes, les décideurs politiques, les institutions continentales, la société civile, le monde académique et le secteur privé, dans le but de renforcer la compréhension mutuelle, de valoriser les expériences africaines et de formuler des recommandations opérationnelles en harmonie avec les réalités du terrain.

L’Union Africaine a fait des femmes une priorité de l’Agenda 2063 : "L’Afrique que nous voulons".
Voici certains instruments juridiques et engagements majeurs déjà entrepris :

Protocole de Maputo de 2003, à la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples relatif aux droits des femmes en Afrique avec comme objectif d’éliminer toutes les discriminations envers les femmes (Droit à la santé, à l’éducation, à la terre et lutte contre les mariages forcés) ;
Convention de l’Union Africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles en Février 2025 (6 États l’ont signée sans ratification : Angola, Burundi, Djibouti, Gambie, Libéria, RDC) ; et
Agenda Femmes, Paix et Sécurité basé sur la Résolution 1325 de l’ONU que l’Union Africaine applique avec comme Objectifs spécifiques: Pleine participation, égale et véritable des femmes dans la paix et la sécurité.`

Sur cette base, nous avons jugé que l’influence des jeunes et des femmes sur le cours du monde reste prépondérante.
En les associant, au vrai sens du terme, aux initiatives de promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité en Afrique, les institutions concernées donnent de la visibilité aux contributions que les jeunes et les femmes apportent au monde d’aujourd’hui et à celui de demain.

Excellences ;
Mesdames, Messieurs 

L’Afrique doit impérativement investir dans des solutions offrant aux jeunes et aux femmes de réelles possibilités de se lancer dans des activités qui leur permettent de réaliser leurs rêves et de devenir des architectes de leur propre destinée.

Dans le domaine du leadership, les femmes africaines ne sont plus en retrait des décisions, elles sont de plus en plus en avant.

Comme déjà prôné par l’Union Africaine que nous présidons actuellement, « la participation des femmes en politique est essentielle pour une bonne gouvernance démocratique et la réalisation de l'Agenda 2063 ».
Aussi, l’Union Africaine doit continuer à pousser pour avoir plus de femmes dans les processus de paix et les opérations de maintien de la paix tout en considérant leurs forces physiques.

Excellences, 
Mesdames, Messieurs ;

Le thème qui nous réunit aujourd’hui nous invite à regarder bien au-delà de cette salle.

Il nous oblige à réfléchir à l’Afrique que nous voulons construire ensemble au cours des prochaines décennies car nous entrons dans une période décisive de son histoire.

D’ici à 2050, l’Afrique comptera près d’un quart de la population mondiale sans considérer les fléaux qui puissent nous surprendre.

Cette évolution constitue une responsabilité immense, mais aussi une opportunité sans précédent.

Aucun autre continent ne disposera à ce temps-là d’une telle réserve de talents, d’énergie, de créativité et de capacité d’innovation en plus de réserves naturelles dont nous disposons.
Cette réalité nous impose donc un changement de regard.

Pendant trop longtemps, la jeunesse a été perçue essentiellement à travers les difficultés auxquelles elle est confrontée : le chômage, les migrations irrégulières, notamment en prenant la mer au risque d’y laisser leur peau, les conflits ou encore les effets du changement climatique.

Nous devons désormais la considérer pour ce qu’elle est réellement : le principal moteur de la transformation de notre continent. Moi, j’en suis témoin ici au Burundi ; je suis fier de nos jeunes en tant que père des Barundi.

Il en va de même pour les femmes africaines.
Leur contribution à la prévention des conflits, à la médiation, à la cohésion sociale, au développement économique et à la gouvernance est aujourd’hui incontestable. Pourtant, leurs compétences demeurent encore insuffisamment mises à profit dans de nombreux domaines.

Ici, je fais des tours dans la campagne et je vois des cercles de femmes très tôt le matin qui prennent des décisions sur ce qu’elles vont faire dans la journée alors que les hommes dorment. Oyeee !!!, les femmes.

Excellences Mesdames et Messieurs ;

L’autre point du thème de ce dialogue concerne le développement intégré et de la gouvernance responsable des ressources

Une gouvernance responsable des ressources en Afrique que nous prônons est une gestion transparente, équitable, inclusive et durable des richesses du continent qu'elles soient minières, énergétiques, foncières, hydriques, forestières ou fauniques.
C’est également un arsenal de réponses coordonnées face à la prédation de nos ressources.
L'enjeu central est de briser le paradoxe dit de la « malédiction des ressources », où l'abondance de matières premières coexiste avec la pauvreté et l'instabilité. C’est un combat pour transformer ces richesses en véritables leviers de développement socio-économique et de paix durable.
Et dans tout combat, nous devons aligner nos meilleurs soldats, les jeunes et les femmes.
Notre devoir est de lever les obstacles qui entravent leur pleine participation à la vie politique, économique et sociale de nos États.
L’Agenda 2063 nous offre une vision claire : celle d’une Afrique intégrée, prospère et en paix, portée par ses propres citoyens et occupant toute sa place sur la scène internationale.
Cette vision ne pourra être réalisée que si nous investissons davantage dans notre capital humain, qui demeure la ressource la plus précieuse de notre continent
Nous avons franchi des étapes importantes. La Zone de libre-échange continentale africaine ZLECAF ouvre des perspectives nouvelles pour nos économies.

Les projets d’intégration régionale rapprochent progressivement nos peuples :

Les investissements dans les infrastructures, le numérique et l’innovation transforment déjà plusieurs secteurs de notre développement.

Les initiatives continentales en faveur de la jeunesse témoignent également de notre volonté commune de préparer une nouvelle génération de leaders africains.

Cependant, ces avancées ne produiront pleinement leurs effets que si elles s’accompagnent d’une paix durable car le développement et la sécurité ne peuvent être dissociés.

Les conflits détruisent des infrastructures ; ils brisent surtout des trajectoires humaines.

Chaque jeune privé d’éducation, chaque femme contrainte de fuir son foyer, chaque communauté divisée représentent une perte pour l’ensemble de notre continent.

C’est pourquoi je demeure convaincu que l’investissement le plus rentable que l’Afrique puisse réaliser aujourd’hui est celui qu’elle consacre à sa jeunesse et à ses femmes.

C’est dans cet esprit que j’ai souhaité donner à cette cinquième édition du Dialogue continental une dimension nouvelle, en y associant non seulement les jeunes, mais également les femmes et les autres générations car la paix ne se construit ni en vase clos, ni dans une logique de succession entre les générations ; elle se bâtit dans le dialogue, l’écoute mutuelle et la transmission des expériences.

Il nous appartient donc aujourd’hui de porter un regard lucide sur le chemin parcouru, d’évaluer avec objectivité les progrès accomplis dans la mise en œuvre de nos engagements, de tirer les enseignements des défis auxquels nous demeurons confrontés et d’identifier les voies les plus prometteuses pour l’avenir.

J’attends de cette rencontre qu’elle débouche sur une feuille de route ambitieuse, réaliste et fédératrice, capable de mettre en synergie les nombreuses initiatives portées par l’Union africaine, les États membres, les communautés économiques régionales, les partenaires ainsi que les organisations de jeunes et de femmes.

Notre ambition commune doit être de transformer ces initiatives en un mouvement continental cohérent, porteur de résultats concrets et durables au service de la paix, de la sécurité et du développement de notre continent.

Excellence Mesdames et messieurs ;

Le dernier point à aborder dans ce dialogue est l’Éducation, innovation et technologies

En développant les compétences de nos ressources humaines, en favorisant leur accès à l’éducation, aux nouvelles technologies, au financement, à l’entrepreneuriat et aux responsabilités publiques, nous préparons une Afrique plus sûre, plus compétitive et plus solidaire.
À cet égard, l’innovation doit devenir un véritable état d’esprit.

L’Afrique ne saurait se contenter d’être un consommateur de technologies développées ailleurs ; elle doit être un espace où les idées naissent, où les solutions se construisent et où les innovations répondent d’abord aux réalités africaines.

Nous sommes rassurés, nos universités, nos centres de recherche, nos entrepreneurs et nos créateurs disposent du potentiel nécessaire pour relever ce défi, nous devons ressusciter les consciences de nos jeunes et leur offrir un environnement favorable.

Les pays développés ne nous devancent en rien ; ils ont des hommes et des femmes intelligents comme nous, Africains ; ils n’ont pas de ressources que nous n’avons pas ; nous sommes alors capables de nous réformer pour être développés comme eux. Il suffit d’avoir la volonté car ce que nous cherchons chez-eux se trouve chez-nous.

Notre ambition collective doit également être de faire de nos ressources naturelles un facteur d’unité plutôt que de division.

L’eau, qui est au cœur du thème de cette édition, en est une parfaite illustration.

Lorsqu’elle est gouvernée avec sagesse, équité et responsabilité, elle nourrit les populations, soutient les économies, renforce la coopération entre les États et consolide la paix. Elle nous rappelle que les ressources que Dieu a confiées à notre continent doivent servir le bien commun et les générations futures.

Je suis persuadé que l’Afrique dispose aujourd’hui de tous les atouts nécessaires pour écrire une nouvelle page de son histoire.
Cette page sera celle d’un continent qui choisit l’intégration plutôt que le repli, le dialogue plutôt que la confrontation, l’innovation plutôt que l’immobilisme, et la paix plutôt que la violence.
En donnant toute leur place aux jeunes et aux femmes dans cette ambition commune, nous ne répondons pas seulement à une exigence de justice. Nous faisons le choix de l’efficacité, de la stabilité et du progrès.

C’est ainsi que nous réaliserons pleinement la vision de l’Agenda 2063 et que nous construirons, ensemble, l’Afrique prospère, intégrée et pacifique à laquelle aspirent nos peuples.

Excellences ;
Mesdames, Messieurs ;

C’est mon souhait ; il serait plus légitime que dès maintenant, tous les jeunes et femmes braves (« Inkerebutsi ») en Afrique soient encouragés à créer un espace panafricain qui leur permettra de s’exprimer librement au profit de l’Agenda de l’Union Africaine 2063.

Soyons tous disponibles pour aller vers cette Afrique que nous voulons : Afrique fière de son identité, acteur mondial fort et centrant son développement sur ses citoyens.

Ainsi, c’est sur ces vœux que je déclare solennellement ouverts les travaux de la cinquième Edition du Dialogue Continental sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité et Femmes, Paix et Sécurité organisés sous le thème : « Eau, Paix et Leadership inclusif en Afrique : institutionnalisation du rôle stratégique des jeunes et des femmes dans la prévention des conflits, la gestion des crises et la consolidation durable de la paix grâce a? une gouvernance responsable des ressources ».

Je vous remercie pour votre aimable attention

Posted by Situation Room ICU

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