Rapport du Président de la Commission sur l’état de la mise en œuvre du communiqué PSC/MIN/COMM/3. (CCCXIX) du Conseil de Paix et de Sécurité du 24 avril 2012 sur la situation entre le Soudan et le Soudan du Sud Last Updated on Friday 14 September 2012


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I. INTRODUCTION

 

1. Le  présent  rapport  est  soumis  conformément  au  communiqué  PSC/MIN/COMM/3.(CCCXIX)  adopté  par  le  Conseil  en  sa  319ème réunion,  tenue  le  24  avril  2012.  Dans  ce communiqué,  le Conseil a articulé une  Feuille de  route  visant à mettre  fin aux hostilités et à résoudre  les questions en suspens entre  la République du Soudan et  la République du Soudan du Sud.

 

2. Ce rapport, qui contient un bref historique sur les négociations post-sécession, fait l’état de  la mise en œuvre des différentes composantes de  la Feuille de  route.  Il se conclut par des observations sur la voie à suivre et les mesures attendues des Parties.

II. CONTEXTE

 

3. Depuis mai  2010,  et  à  la  demande des  Parties,  le Groupe  de mise  en œuvre  de  haut niveau de l’UA facilite les négociations sur les questions en suspens dans l'Accord de paix global (CPA) de  janvier 2005 et  les  relations post-sécession entre  le Gouvernement du Soudan et  le Gouvernement du Soudan du Sud, et ce sur  la base du principe directeur de création de deux États viables, en paix l'un avec l’autre, coopérant ensemble et se soutenant mutuellement. Les négociations  facilitées  par  le  Groupe  de  mise  en  œuvre  ont  porté  essentiellement  sur  les questions  sécuritaires,  le  pétrole  et  les  arrangements  financiers  connexes,  la  nationalité,  les problèmes  de  frontière,  et  le  statut  d'Abyei.  En  outre,  le  Groupe  a  interagi  avec  le Gouvernement du Soudan et le Mouvement de Libération du Peuple du Soudan-Nord (SPLM-N) sur le conflit dans les ‘’Deux Régions’’ du Kordofan méridional et du Nil Bleu, au Soudan. 

4. Au  cours  de  cette  période,  les  Parties  sont  parvenues  à  d’importants  accords   sur  la sécurité  et  des  questions  connexes.  Il  s'agit  notamment  de  l'Accord  sur  les  arrangements administratifs et sécuritaires temporaires pour la région d'Abyei du 20 juin 2011, de l'Accord sur la  sécurité aux  frontières et  le Mécanisme conjoint politique et de  sécurité  (JPSM) du 29  juin 2011, qui est une structure  intergouvernementale permanente au niveau ministériel entre  les deux États, de  l'Accord sur  la Mission d’appui à  la surveillance de  la frontière du 30  juillet 2011, des décisions du JPSM du 18 septembre 2011, et du Protocole d’accord de non-agression et de coopération du 10 février 2012. 

5. En mars 2012, dans un contexte marqué par la détérioration des relations entre les deux pays  et  l’aggravation  de  leur  situation  économique,  les  deux  Parties  sont  convenues  de travailler  sur  la  base  d'un  «nouvel  esprit»  qui  leur  permettrait  de  négocier  en  tant  que partenaires,  pour  réaliser  leur  objectif  stratégique  original  de  "deux  États  viables".  Il  avait également été  convenu qu'une  réunion au  sommet des deux  chefs d'État,  le Président Omar Hassan al Bashir et le Président Salva Kiir Mayardit, se tiendrait à Juba, au début du mois d’avril 2012, pour consolider cette "nouvelle approche". 

6. Malheureusement, ce nouvel esprit s’est rapidement dissipé après l’attaque militaire sur Heglig,  en  avril  2012,  entraînant  un  affrontement  entre  les  deux  pays.  Cette  situation  a sérieusement compromis les perspectives de reprise des négociations, et fait craindre le risque d'une guerre  totale entre  les deux pays, avec  les conséquences négatives qui en résulteraient pour toute la région. 

7. C'est  dans  ce  contexte  que  le  Conseil,  en  sa  319ème réunion,  a  adopté  une  Feuille  de route énonçant nombre de mesures pour désamorcer  la tension qui prévalait alors, faciliter  la reprise des négociations sur les relations post-sécession et la normalisation des relations entre les deux États. La Feuille de route se décline en trois parties, à savoir les questions sécuritaires immédiates,  la  reprise des  négociations  sur  toutes  les  questions  en  suspens,  et  des mesures pour régler le conflit dans les États du Kordofan méridional et du Nil Bleu.

 

8. En  ce  qui  concerne  les  questions  sécuritaires,  la  Feuille  de  route  a  appelé  :  (i)  à  la cessation  immédiate  de  toutes  les  hostilités,  y  compris  les  bombardements  aériens;  (ii)  au redéploiement  inconditionnel de  toutes  les  forces armées de  leur  côté de  la  frontière ;  (iii) à l’arrêt de l’accueil de, ou du soutien aux, groupes rebelles actifs contre l'un et l’autre des deux États; (iv) à l'activation de la Zone frontalière démilitarisée sécurisée (SDBZ), conformément à la carte  présentée  aux  Parties  par  le Groupe  de mise  en œuvre  de  haut  niveau,  en  novembre 2011; (v) à  l'activation de  la Mission conjointe de vérification et de surveillance de  la frontière (JBVMM);  (vi)  à  l'activation  du  Comité  ad  hoc,  chargé  de  recevoir  les  plaintes  et  allégations formulées par une Partie contre  l'autre; (vii) au retrait de toutes  les forces armées d'Abyei ; et (viii) à la cessation immédiate de toute propagande hostile. 

9. Le  communiqué  a  exhorté  les  Parties  à  reprendre,  inconditionnellement,  les négociations sur tous les aspects en suspens de leurs relations post-sécession, en particulier les arrangements concernant  le pétrole et  les paiements connexes,  la  frontière,  la question de  la nationalité et  le statut  final d'Abyei.  Il a également demandé au Gouvernement du Soudan et au SPLM-Nord d'entamer des négociations, afin de parvenir à un règlement du conflit dans  le Kordofan méridional et le Nil Bleu, assignant à cet égard un rôle au Groupe de mise en œuvre. Le  Conseil  a  fixé  un  délai  de  trois mois  pour  la  conclusion  des  négociations  sur  les  relations post-sécession, et ce à compter de la date de l'adoption du communiqué.

10. Le Conseil a demandé au Président de  la Commission de transmettre son communiqué au Conseil de sécurité, pour approbation sur  la base du Chapitre VII de  la Charte des Nations unies.  Le 2 mai 2012,  le Conseil de  sécurité  a entériné  la  Feuille de  route,  tel que demandé, avec l’adoption de la résolution 2046 (2012). Dans un communiqué publié le 3 mai 2012, je me suis félicité de l'appui unanime du Conseil de sécurité à la Feuille de route de l'UA, y voyant une illustration supplémentaire de  l'étroite collaboration qui existe entre  l'UA et  les Nations unies, en  particulier  entre  le  Conseil  et  le  Conseil  de  sécurité,  dans  la  promotion  de  la  paix,  de  la sécurité et de  la stabilité en Afrique. Il convient de noter que  la date  limite pour  l'achèvement des négociations fut fixée au 2 août 2012, 3 mois à compter de l'adoption de la résolution 2046 (2012).

11. Les deux Gouvernements m’ont formellement saisi pour marquer leur acceptation de la Feuille de  route. Le 30 avril 2012,  j'ai publié un communiqué par  lequel  je me  suis  félicité de l'acceptation formelle de la Feuille de route par le Soudan du Sud. Le 2 mai 2012, j'ai publié un autre  communiqué dans  lequel  je me  suis  réjoui de  l'acceptation de principe de  la Feuille de route par le Soudan.

 

III. PROGRÈS  DANS  LA  MISE  EN  ŒUVRE  DES  DISPOSITIONS  DE  LA  FEUILLE  DE  ROUTE VISANT À DESAMORCER LA TENSION ENTRE LES DEUX PAYS ET Á FACILITER LA REPRISE DES NÉGOCIATIONS POST-SECESSION

 

12. Comme  indiqué  plus  haut,  dans  sa  Feuille  de  route,  le  Conseil  a  énoncé  nombre  de mesures à mettre en œuvre tant par  le Soudan que par  le Soudan du Sud, afin de résorber  la tension qui prévalait alors sur le terrain, ainsi que de faciliter la reprise des négociations sur les relations post-sécession et  la normalisation de  leurs relations.  Il convient de noter que, depuis l'adoption de la Feuille de route et son approbation subséquente par le Conseil de sécurité, il y a eu une baisse notable des  affrontements  armés. Des progrès ont également été  accomplis dans la mise en œuvre d'autres aspects de la Feuille de route. 

13. La  Feuille  de  route  oblige  les  Parties  à  redéployer  leurs  forces  armées  hors  d'Abyei, conformément à  l’Accord sur  les arrangements administratifs et sécuritaires temporaires pour la  région  d'Abyei  du  20  juin  2011.  Le  10 mai  2012,  le  Gouvernement  de  la  République  du Soudan du Sud a parachevé le retrait d'Abyei de sa force de police forte de 700 hommes. Je me suis  réjoui  de  l’étape  ainsi  franchie  dans  un  communiqué  publié  le  11 mai,  et  j’ai  félicité  le Gouvernement du  Soudan du Sud pour avoir honoré son engagement de se retirer d'Abyei. Le 29 mai 2012, le Soudan a achevé le retrait de ses forces armées et de police d'Abyei, laissant à Diffra une compagnie de police du pétrole pour protéger  les  installations pétrolières. Le 2  juin 2012,  j'ai publié une déclaration par  laquelle  je me  suis  félicité du  redéploiement des  forces soudanaises d'Abyei. J'ai demandé à la Commission conjointe de surveillance d’Abyei (AJOC) de se  réunir,  sans  tarder, afin de  régler  la question de  la  sécurité des  infrastructures pétrolières, dans le respect des dispositions pertinentes de la Feuille de route et de la résolution du Conseil de sécurité. J'ai également exhorté  les Parties à parvenir, aussi rapidement que possible, à un accord sur la composition du Conseil et la création de l'Administration de la région d'Abyei, afin de faciliter le retour rapide à une vie normale pour toutes les communautés affectées d'Abyei.

14. L’AJOC  s’est  réunie  à  Addis  Abéba,  le  8  juin  2012,  et  a  provisoirement  convenu  des Termes  de  Référence  du  Comité  conjoint  d'observateurs  militaires  (JMOC),  qui  est  un mécanisme de sécurité paritaire comprenant un nombre égal de membres des SAF et du SPLA, chargé  d’assurer  la  paix  et  la  sécurité  pour  les  résidents  d'Abyei.  Il  a  également  pris  des décisions relatives à la constitution des Services de police d'Abyei (APS), ainsi qu’à la fourniture d'une assistance humanitaire. L’AJOC s'est réunie de nouveau  le 5  juillet, à Abyei, et a  finalisé les Termes de Référence du JMOC. 

15. Avec  le  redéploiement  des  forces  des  deux  Gouvernements,  la  seule  structure sécuritaire active dans  les zones d'habitation civile à Abyei est  la Force  intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei  (FISNUA), qui accomplit un  travail  remarquable pour assurer  la sécurité  des  résidents  et  des  pasteurs  nomades.  Les  conditions  sont maintenant propices  au retour des personnes déplacées dans  leurs  foyers et  à  la normalisation de  la  vie à Abyei. Au moment de  la  finalisation du présent  rapport, plus de 1500 personnes déplacées étaient déjà retournées à Abyei.

16. Au cours du dernier round de négociations qui a eu lieu à Addis Abéba, du 21 au 28 juin 2012, sous  la facilitation du Groupe de mise en œuvre de haut niveau,  les Parties ont échangé les  noms  de  leurs  observateurs  au  sein  de  la  JBVMM,  et  décidé  de  les  déployer  au Quartier général temporaire de cette structure à Assosa, en Ethiopie. Elles ont également convenu des Termes de Référence du Comité ad hoc, et échangé les noms de leurs représentants au sein de cet organe. Le Comité n’a pas encore tenu sa réunion inaugurale.  

17. La Feuille de  route a engagé  les Parties à mettre en place  la SDBZ, conformément à  la carte administrative et sécuritaire élaborée, à leur demande, par le Groupe de mise en œuvre, en novembre 2011. Toutefois, au moment de  la finalisation de ce rapport,  il y avait encore un désaccord  sur  certaines  portions  de  cette  carte.  Le  27  juin  2012,  le  Gouvernement  de  la République du Soudan du Sud a écrit au Groupe de mise en œuvre,  indiquant son acceptation inconditionnelle de  la carte de novembre 2011.  Le Gouvernement du Soudan a objecté à une partie  de  la  carte,  au motif  qu'elle  n'est  pas  conforme  à  son  interprétation  de  la  frontière administrative  entre  les  provinces  du  Nord  et  du  Sud  du  Soudan,  telle  qu'elle  existait  à l'indépendance,  le 1er  janvier 1956. Le Groupe de mise en œuvre a précisé que  la SDBZ et  sa ligne médiane  sont conçues comme des mesures de  sécurité  temporaires,  sans préjudice des négociations en cours sur la démarcation définitive de la frontière ou le règlement du statut des zones contestées. En juin 2012, le Gouvernement du Soudan a écrit au Président du Conseil de sécurité des Nations unies, soulignant que la carte ne serait pas conforme aux cartes produites par les Nations unies. Le Secrétariat des Nations unies a précisé que les cartes des Nations unies ont  été  produites  pour  des  fins  opérationnelles  et  ne  doivent  pas  être  interprétées  comme constituant la reconnaissance d’une quelconque frontière.

18. Compte tenu de  l'imminence de  l'échéance pour  la conclusion des négociations sur  les questions en suspens, les Parties se sont employées à parvenir à un compromis sur la SDBZ, afin de  pouvoir  activer  la  JBVMM,  améliorer  la  sécurité  le  long  de  leur  frontière  commune  et reprendre  complètement  les  négociations  sur  toutes  les  questions  en  suspens,  dans  un environnement plus propice. Le 24  juin 2012, à  la demande du Groupe de mise en œuvre,  les chefs des délégations des Parties ont entamé des pourparlers bilatéraux. Après  trois  jours de discussions,  les  délégations  ont  informé  le  Groupe  qu'elles  travaillaient  à  l’élaboration  d’un cadre global pour régler toutes les questions en suspens, et ont, en conséquence, demandé un ajournement pour  leur permettre de consulter  leurs hauts responsables. Elles sont convenues de  revenir  à   la  «nouvelle  approche»  envisagée  en mars  2012.  Celle-ci  leur  permettrait  de mener  leurs négociations en  tant que partenaires, et non comme adversaires, et  faciliterait  la prise de décisions sur la base de considérations stratégiques. Les deux Parties se sont engagées à reprendre  les négociations, au début du mois de  juillet, et de  les poursuivre  jusqu’au 2 août 2012,  en  vue  de  parvenir  à  un  accord  sur  les  questions  en  suspens,  avec  la  facilitation  du Groupe de mise en œuvre de haut niveau.

 

IV. PROGRÈS DANS LA RECHERCHE DE SOLUTIONS AUX  QUESTIONS EN SUSPENS DANS LES RELATIONS POST-SECESSION ENTRE LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD

 

19. Comme indiqué également plus haut, le Conseil, dans sa Feuille de route, a instamment demandé  aux  Parties  de  reprendre,  sans  conditions  préalables,  les  négociations,  sous  les auspices du Groupe de mise en œuvre de haut niveau,  avec le soutien du Président de l'IGAD, aux  fins de parvenir à un accord  sur  les questions essentielles  suivantes:  (i)  les arrangements concernant le pétrole et les paiements connexes ; (ii) le statut de leurs nationaux résidant dans l'autre pays, conformément à l'Accord-cadre paraphé en mars 2012; (iii) le règlement du statut des zones frontalières contestées et revendiquées, ainsi que la démarcation de la frontière ; et (iv) le statut final d'Abyei.

 

Arrangements concernant le pétrole et les paiements connexes

 

20. Á  la suite de  l’incapacité des deux Parties à parvenir à un accord portant  tout à  la  fois sur  les  tarifs et un Arrangement  financier  transitoire  (TFA),  le Gouvernement du Soudan a, en décembre  2011,  saisi  du  pétrole  appartenant  au  Soudan  du  Sud,  pour  se  rembourser  les arriérés qui  lui étaient dus. En  janvier 2012,  le Groupe de haut niveau a organisé une série de négociations, pour tenter de prévenir des représailles de  la part du Gouvernement du Soudan du Sud. Le Groupe de mise en œuvre a proposé un « Accord global » portant sur  le pétrole et des arrangements financiers transitoires, s’articulant autour des principaux éléments suivants : (i)  les  tarifs,  (ii)  le  TFA,  (iii)  la  garantie  de  la  fourniture  de  pétrole  aux  raffineries  situées  au Soudan, et (iv) le règlement des arriérés et des créances.

21. Malheureusement,  le  Groupe  de mise  en œuvre  de  haut  niveau  n’a  pu  empêcher  la mise à exécution de la menace du Gouvernement du Soudan du Sud d’arrêter la production de pétrole. Depuis  le mois de février,  il n’y a pas eu de nouvelles discussions sur  le pétrole et  les paiements  connexes.  Les  Parties  ont maintenant  convenu  de  reprendre  les  négociations  sur cette question. 

Questions de nationalité

 

22. Les Parties ont paraphé un Accord-cadre  sur  le  traitement de  leurs nationaux  résidant dans  l'autre  État,  le  13 mars  2012,  à Addis Abéba.  L'Accord propose  la  création d’un Comité conjoint de haut niveau, qui superviserait l'adoption et la mise en œuvre de mesures conjointes relatives aux nationaux de l'autre État. L'Accord octroie également aux nationaux de l'autre État les  «quatre  libertés»,  à  savoir  la  liberté  de  résidence,  de  mouvement,  celle  de  mener  des activités  économiques,  ainsi  que  de  posséder  des  biens.  Les  deux  Parties  ont  exprimé  leur attachement  continu  à  cet  Accord.  Cependant,  l’environnement  actuel  n’a  pas  permis d’enregistrer des progrès pour sa mise en œuvre intégrale, en particulier en ce qui concerne les «quatre  libertés».  La  prochaine  étape  consistera  à  réunir  les  deux Ministres  concernés  pour arrêter les modalités et le calendrier de mise en œuvre de l’Accord. 

Frontières

 

23. Bien que les deux Parties reconnaissent, conformément aux dispositions pertinentes du CPA, que  la frontière entre  le Soudan et  le Soudan du Sud est celle qui existait à  la date du 1er janvier  1956,  jour  de  l'indépendance  du  Soudan,  elles  ne  s’accordent  pas  sur  son  tracé.  Au cours de la période intérimaire du CPA, le Comité technique ad hoc sur les frontières a identifié quatre  zones  contestées  pour  lesquelles  le  tracé  du  1er  janvier  1956  n'a  pas  été  accepté.   le Comité  politique  conjoint  a,  par  la  suite,  ajouté  une  cinquième  zone  sur  la  liste.  Cependant, après son accession à  l’indépendance,  le Soudan du Sud a soutenu qu’il existe d’autres zones ur  lesquelles  il a des revendications, mais qui n’ont pas été définies comme zones contestées par le Comité technique ad hoc sur les frontières.

 

24. Les  Parties  ont  repris  les  négociations  sur  les  frontières,  en  particulier  en  vue  du règlement  de  la  question  des  zones  contestées.  En mars  2012,  elles  ont  paraphé  un  Accord définissant un processus pour la démarcation des zones convenues de la frontière. Au moment de  la finalisation de ce rapport, elles discutaient de  la  procédure à adopter pour  le règlement du  statut  des  zones  contestées,  des modalités  selon  lesquelles  de  nouvelles  revendications territoriales  devraient  être  abordées,  et  des  voies  et  moyens  d’activer  un  règlement contraignant par une tierce partie en cas d’absence d’accord entre les Parties.

Statut final d'Abyei

 

25. Les Présidents du Soudan et du Soudan du Sud ont convenu que  la question du statut final d'Abyei doit être réglée à leur niveau. Le Groupe de mise en œuvre estime que l’Accord du 20  juin  2011  doit  être mis  en œuvre  et  que  la  vie  des  résidents  d’Abyei  et  des  populations pastorales  qui  migrent  de  façon  saisonnière  doit,  autant  que  faire  se  peut,  retourner  à  la normale,  avant  qu’il  ne  puisse  faire  des  propositions  en  vue  du  règlement  définitif  de  la question. Dans  l'intervalle,  l’attachement  des  Parties,  du Groupe  de mise  en œuvre  et  de  la communauté internationale au Protocole sur Abyei du CPA doit demeurer intact.

 

26. Dans  le  cadre  de  la mise  en œuvre  de  l’Accord  20  juin  2011  et  du  retour  à  une  vie normale à Abyei,  le Groupe a soutenu  les efforts de  l’AJOC en vue de  l’adoption de toutes  les mesures  nécessaires  pour  l’administration  de  la  zone,  du  retour  dans  leurs  foyers  des personnes déplacées, de la fourniture de l'assistance humanitaire, ainsi que de la promotion du dialogue et de la coopération entre les résidents et les pasteurs. Il est essentiel que les Parties constituent, avec diligence,  les services de police d'Abyei et prennent les dispositions requises aux fins de la mise en place du Conseil exécutif et de l'Administration régionale d'Abyei, tant il est vrai qu’il s’agit là d’organes indispensables à la création d’une atmosphère propice à la paix et à la sécurité dans la région.

IV.  CONFLIT DANS LE KORDOFAN MÉRIDIONAL ET LE NIL BLEU

 

27. Dans la Feuille de route, le Conseil a réitéré la conviction  de l'UA qu'il ne peut y avoir de solution militaire au conflit dans  le Kordofan méridional et  le Nil Bleu, et a souligné   l'urgente nécessité d'une solution politique négociée, fondée sur le respect de la diversité dans l'unité. Le Conseil  a  demandé  au  Gouvernement  du  Soudan  et  au  SPLM-Nord  d’apporter  leur  entière coopération  au Groupe de mise  en œuvre de haut niveau  et  au Président de  l'IGAD,  afin de parvenir à un règlement négocié sur la base de l'Accord-cadre sur le Partenariat politique entre le Parti du Congrès national  (NCP) et  le SPLM-N et  les Arrangements politiques et sécuritaires dans  le  Nil  Bleu  et  le  Kordofan  méridional,  conclu  le  28  juin  2011.  Dans  l’attente  de l’organisation  de  pourparlers  par  le  Groupe  de  haut  niveau,  le  Conseil  a  lancé  un  appel  au Gouvernement pour qu’il marque  son acceptation de  la proposition conjointe présentée,  le 7 février 2012, par  l'UA,  les Nations unies et  la Ligue des États arabes, afin de permettre  l'accès humanitaire aux populations affectées dans les deux États.

28. En application de cette décision, le Groupe de mise en œuvre travaille, en coordination avec le Président de l'IGAD, le Premier ministre Meles Zenawi, à la reprise du dialogue politique pour un règlement du conflit dans  les deux États. Le SPLM-N a accepté  la relance du dialogue entamé en juin 2011. Le Gouvernement du Soudan a annoncé son acceptation de principe d’un tel dialogue. Le Groupe est en train de prendre les dispositions requises à cet effet. 

29. Le Conseil  se  souviendra que  le  SPLM-N  avait marqué  son  accord  à mettre en œuvre sans  délai  la  proposition  conjointe  sur  l’accès  humanitaire  au  Nil  Bleu  et  au  Kordofan méridional. Le 28  juin 2012,  le Gouvernement du Soudan a exprimé son acceptation de cette proposition.  Dans  un  communiqué  publié  le  29  juin  2012,  je  me  suis  félicité  de  cette acceptation, soulignant  la nécessité de veiller à ce que  les populations affectées dans  les deux États aient accès à l'assistance humanitaire, en attendant qu’une solution politique durable soit trouvée.  J'ai exhorté  tous  les  responsables  concernés  à  faire en  sorte que  la proposition  soit effectivement et intégralement mise en œuvre, sans délai. J'ai souligné la disponibilité de l'UA à déployer du personnel au sein des équipes conjointes devant évaluer  la situation humanitaire dans  toutes  les zones affectées, ainsi qu’à déployer des observateurs dans  les deux États, qui travailleront  en  étroite  collaboration  avec  les  Parties  soudanaises,  à  l’effet  d’assurer  la neutralité,  l'impartialité,  la  responsabilité  et  la  transparence  dans  la  fourniture  de  l'aide humanitaire.

V. OBSERVATIONS

 

30. Le  Soudan  et  le  Soudan  du  Sud  ont  décidé  d’aborder  leurs  avenirs  respectifs  comme deux  nations  souveraines  distinctes.  Dans  ce  contexte,  le  principe  cardinal  d'établir  et  de maintenir  une  relation  constructive  et  pacifique  entre  eux,  de  nature  à  promouvoir  leur viabilité, revêt une  importance cruciale.   Il est, en outre,  important de garder à  l’esprit que  le Soudan  et  le  Soudan  du  Sud  sont  également  deux  nations  aussi  africaines  l’une  que  l’autre, confrontées  aux  défis  de  la  gouvernance  et  du  développement  communs  aux  pays  du continent.  Les  deux  Gouvernements  doivent  gérer  des  nations  marquées  du  sceau  de  la diversité,  qui,  pendant  plus  d'un  demi-siècle,  ont  fait  l’expérience  de  conflits  récurrents,  et mener à bien  leurs entreprises nationales respectives de démocratisation, tout en s’attelant à l’œuvre  laborieuse  de  développement  socio-économique.  Ces  tâches  constituent  de formidables défis pour  les deux Gouvernements, même dans un environnement  de paix, de stabilité et de coopération. Dans un contexte de conflit, qu’il  soit  intra ou  interétatique, elles relèveraient tout simplement de l’ordre de l’impossible. 

31. Dans  leur  interaction avec  le Soudan et  le Soudan du Sud au cours de  la période qui a suivi  les  incidents de Heglig, en avril 2012,  le Conseil et  la Commission ont été motivés par  la conviction  que  ce  conflit  est  fondamentalement  nuisible  tant  pour  le  Soudan  que  pour  le Soudan du Sud, menace  les vies et  les moyens de subsistance des citoyens des deux pays, en particulier  ceux  de  leurs  nationaux  résidant  dans  l'autre  État,  met  en  péril  les  activités économiques vitales à la suivie des deux pays, et constitue un danger pour la stabilité de toute la région. La Feuille de route de  l'UA, telle qu’entérinée par  le Conseil de sécurité, a  indiqué  la voie à suivre pour désamorcer  la tension, faciliter  la reprise des négociations sur  les questions post-sécession  en  suspens  et  la normalisation des  relations.  J’en  appelle  aux deux pays pour qu’ils honorent  intégralement  leurs obligations aux  termes de  la Feuille de  route, ainsi que  le principe  fondamental de  «deux  États  viables»  comme  fondement de  leurs  relations, principe qu'ils  ont  embrassé,  en  novembre  2010,  avec  l’adoption  du  "Cadre  pour  le  règlement  des questions en suspens  relatives à   la mise en œuvre de  l'Accord de paix global et à  l'avenir des relations entre le Nord et le Sud du Soudan".

 

32. Si la mise en œuvre de la Feuille de route a été plutôt lente et inégale, je n’en reste  pas moins encouragé par l'engagement renouvelé des Parties à mener à leur terme les négociations 2012, les Parties ont confirmé, lors d’une conférence de presse, leur engagement à revenir à un «nouvel esprit» de partenariat  stratégique. Elles ont articulé  les principes devant  sous-tendre cette approche stratégique, y compris la décision sans équivoque de ne plus jamais recourir à la force pour résoudre  leurs différends ;  le respect mutuel de  leur souveraineté ; et  la promotion du partenariat et d’une relation mutuellement bénéfique. Les Parties ont également informé le Groupe  de  mise  en  œuvre  que  cette  nouvelle  approche  stratégique  avait  été  pleinement approuvée par les dirigeants respectifs des deux pays, et qu'elles reprendraient les négociations sur toutes les questions en suspens, en vue de parvenir à un accord global avant le 2 août 2012. 

33. Les  efforts  doivent  être  également  poursuivis  en  vue  de  trouver  une  solution  au problème du Nil Bleu  et du Kordofan méridional.  Les défis politiques qui  se posent dans  ces deux États sont  fondamentalement  liés à  la gestion de  la diversité et à  la démocratisation. Le Groupe  de mise  en œuvre  continuera  à œuvrer  pour  une  solution  politique  durable  avec  le soutien du Président de l'IGAD. Bien que le conflit dans les deux États soit une question interne à  la  République  du  Soudan,  il  a  immanquablement  des  répercussions  importantes  sur  les relations  entre  le  Soudan  et  le  Soudan  du  Sud.  Dans  l'intervalle,  la  Commission  prendra  les mesures  nécessaires  en  vue  de  la  mise  en  œuvre  de  la  proposition  conjointe  pour  l'accès humanitaire aux populations affectées dans les deux États.

34. Je réitère la profonde gratitude de la Commission au Groupe de mise en œuvre de haut niveau et à  son équipe d’appui, pour  le  travail  remarquable accompli.  Le Groupe de mise en œuvre a adopté une approche consistant à rechercher un accord entre  les Parties plutôt qu’à essayer  d'imposer  les  détails  d'un  règlement.  Cette  approche  procède  des  considérations suivantes: (i) le rôle du Groupe, à l’insistance même des Parties, est celui d’un facilitateur plutôt que  d’un médiateur;  (ii)  les  Parties  sont  beaucoup  plus  susceptibles  de mettre  en œuvre  un accord qu’elles ont conclu volontairement, plutôt qu’une formule imposée ; et (iii) la Feuille de route  est  d'abord  et  avant  tout  un  guide  pour  atteindre  une  finalité,  à  savoir  la  paix  et  la sécurité entre les deux pays, les détails de l'itinéraire exact pouvant être ajustés d'un commun accord. À cette fin, le Groupe a encouragé les Parties à se parler directement, autant que faire se peut, plutôt qu’à négocier avec  le  facilitateur.  Je ne doute pas que  le Groupe continuera à s'acquitter de  son mandat avec un engagement  toujours plus  soutenu,  conscient qu’il est du devoir et de  la responsabilité de  l'Afrique de faire tout son possible pour aider  le Soudan et  le Soudan du Sud à surmonter  leurs défis actuels, dans  l'intérêt de  leurs peuples, de  la région et du  continent  dans  son  ensemble.  Je  me  réjouis  de  l’appui  total  de  nos  partenaires internationaux,  en  particulier  le  Conseil  de  sécurité,  à  l'UA  et  au Groupe  de mise  en œuvre. L'unité  de  vue  et  d'action  au  sein  de  la  communauté  internationale  est  essentielle  à  la réalisation d'une paix durable entre le Soudan et le Soudan du Sud. 

Posted by Tchioffo Kodjo

Last updated by Abraham Kebede

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