Remarques du Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine, Ambassadeur Smaïl Chergui lors du Sommet extraordinaire de la CEEAC, N'Djamena, 9 janvier 2014 Last Updated on Thursday 16 January 2014


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-  Son Excellence Idriss Déby Itno, Président en exercice de la CEEAC,

-  Son Excellence Denis Sassou Nguesso, Président du Comité de suivi de la CEEAC sur la situation en RCA,

-  Excellences Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement des autres États membres de la CEEAC,

-  Messieurs les Ministres,

-  Distingués invités,

-  Mesdames et Messieurs,

       Je voudrais, d’emblée, dire le plaisir que nous éprouvons à nous retrouver à Ndjamena et vous exprimer l’expression de notre gratitude pour l’accueil qui nous a été réservé et l’hospitalité généreuse dont nous sommes l’objet.

     La Présidente de la Commission, Dr. Nkosazana Dlamini Zuma, qui s’excuse de ne pas pouvoir être personnellement présente, exprime au Président Idriss Déby Itno, la profonde appréciation de l’UA pour son engagement personnel et celui de son Gouvernement en faveur des idéaux de notre Union, comme l’atteste l’heureuse initiative de convoquer le présent Sommet.  Nous avons tous en mémoire le rôle crucial que le Tchad a joué au Mali, lorsqu’il s’est agi de libérer la partie septentrionale de ce pays du joug des groupes terroristes et criminels. Les sacrifices ainsi consentis sont une éloquente illustration de l’engagement panafricain du Tchad et de sa détermination à donner une traduction concrète à la solidarité africaine.  

     C’est cette fidélité au devoir du voisinage et à la solidarité qui sous-tend les efforts que le Tchad et les autres pays de la région déploient en RCA pour aider ce pays frère à se relever de ses difficultés actuelles. Je voudrais, ici, exprimer la profonde reconnaissance de l’UA aux pays de la région pour les efforts inlassables qu’ils n’ont cessé de déployer depuis des années en vue de promouvoir durablement la paix, la sécurité et la stabilité en RCA. La convocation de ce Sommet extraordinaire, dans le prolongement des nombreuses autres initiatives organisées par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), est une source de fierté et de réconfort pour tous les Africains.

-  Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,

-  Mesdames et Messieurs,

            Il y a moins d’un mois, la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) prenait la relève de la Mission de consolidation de la paix de la CEEAC en RCA (MICOPAX). Cette relève s’est faite dans un environnement difficile, mais avec une coopération exemplaire entre l’UA et la CEEAC, démontrant encore une fois la vitalité de l’Architecture africaine de paix et de sécurité, dont les Mécanismes régionaux pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits constituent les piliers.

     L’on ne soulignera jamais assez la contribution de la MICOPAX aux efforts de stabilisation de la situation en RCA. Les conditions difficiles dans lesquelles la Mission a opéré mettent davantage en relief l’engagement et le professionnalisme de ses forces.  

      Depuis son déploiement, la MISCA s’est attelée à la mise en œuvre robuste de son mandat. La tâche est d’autant moins aisée que la situation sur le terrain a connu, à partir du début du mois de décembre, une détérioration liée aux attaques lancées à Bangui par des éléments appartenant au groupe dit des anti-Balaka. La période qui a suivi a été caractérisée par des affrontements entre les anti-Balaka et les ex-Seleka et, parfois, entre individus et familles, et ce sur des bases communautaires et religieuses. De nombreux crimes, et des plus odieux, ont été commis. Des dizaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs domiciles pour trouver refuge dans d’autres zones de la ville de Bangui jugées plus sûres.

         Je voudrais relever ici la promptitude avec laquelle les pays de la région et l’UA ont réagi pour faire face à cette nouvelle donne. Dans le prolongement des consultations que les chefs d’Etat de la région, l’UA et les partenaires internationaux ont eues en marge du Sommet de l’Elysée sur la paix et la sécurité en Afrique, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA a, le 13 décembre 2013, décidé d’autoriser l’augmentation de l’effectif de la MISCA, qui pourrait atteindre 6 000 personnels en uniforme.

      La Commission a immédiatement pris les dispositions nécessaires pour renforcer les effectifs de la MISCA, avec le déploiement d’un bataillon burundais. Il est prévu de déployer d’autres personnels, tant militaires que de police, dans les prochains jours.

         Sur le terrain, et malgré l’environnement difficile dans lequel elle opère, la MISCA, en coopération avec l’opération Sangaris, a pu contenir la vague de violence générée par les attaques du début du mois de décembre. Au départ, la MISCA a axé ses efforts sur le contrôle de points fixes, cependant que les patrouilles étaient laissées aux éléments de l’opération Sangaris, plus mobiles et dotés de moyens de communication adéquats.

            La MISCA a, depuis, adopté de nouveaux plans de sectorisation, afin de réaliser un maillage satisfaisant aussi bien de la capitale Bangui que du reste du territoire centrafricain. Le renforcement envisagé des effectifs actuels et la fourniture d’un certain nombre d’équipements devraient permettre à la MISCA d’accélérer la sécurisation de la ville de Bangui et de s’engager dans la deuxième phase de son déploiement.

            Par ailleurs, la coordination entre la MISCA et l’opération Sangaris s’est significativement renforcée. Les résultats enregistrés sont appréciables. Ces derniers jours ont été caractérisés par une accalmie relative que nous nous devons de consolider au plus vite. C’est dans cette perspective que le Représentant spécial de la Présidente de la Commission et chef de la MISCA a multiplié les rencontres tant avec les autorités centrafricaines qu’avec les partenaires internationaux. Je relève, en particulier, le travail en cours engagé avec la municipalité de Bangui, aux fins de faciliter le retour à leurs domiciles des populations affectées, particulièrement celles vivant dans la zone aéroportuaire.

          Lors de la visite de travail que les Ministres congolais et tchadiens des Affaires étrangères et de la Défense et moi-même avons effectuée à Bangui, le 28 décembre 2013, nous avons été encouragés par les mesures prises par le commandement de la MISCA pour le redéploiement de ses forces. Nous avons à cette occasion mis en garde contre toute stigmatisation de contingents relevant de la MISCA et dénoncé la campagne systématique de déstabilisation dont elle faisait l’objet. Je saisis la tribune de ce Sommet pour marquer la confiance et l’appui de l’UA à tous les contingents de la MISCA.

-  Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,

-  Mesdames et Messieurs,

            Nous n’avons aucun doute quant à la capacité de plus en plus affirmée de la MISCA à relever les défis actuels. Nous sommes sur la bonne voie. Je salue la direction et les personnels de la Mission qui s’acquittent de leur devoir avec abnégation et un sens élevé du sacrifice. Permettez aussi que je réitère la reconnaissance de l’UA aux partenaires internationaux qui apportent déjà un appui à la MISCA, à savoir l’UE, les Etats-Unis et les Nations unies, ainsi que la France, avec laquelle nous travaillons étroitement sur le terrain.

            Dans ce contexte, nous demandons à nos partenaires internationaux d’axer leurs efforts sur le renforcement de la MISCA, pour lui permettre de stabiliser la situation et de créer les conditions du déploiement éventuel d’une opération onusienne. Je forme le vœu qu’ils saisissent l’occasion de la Conférence de donateurs prévue à Addis Abéba, le 1er février 2014, pour marquer leur solidarité avec la RCA à travers un appui significatif à la MISCA. Mon appel va également à nos Etats membres.      

               Toute précipitation quant à la transformation de la MISCA en une opération onusienne risquerait, de notre point de vue, de compromettre les efforts en cours de la Mission. Une telle précipitation créerait en effet une incertitude qui fragiliserait les gains déjà enregistrés et compliquerait la situation sur le terrain. Paradoxalement, elle rendrait plus difficile le déploiement éventuel d’une opération des Nations unies. De mes entretiens avec les Nations unies et notre partenaire français, la situation est aujourd’hui plus positive. Cette mobilisation est également nécessaire pour relever le défi humanitaire. Nous travaillons actuellement à la création d’un ou plusieurs camps pour abriter d’urgence les personnes déplacées dans la zone de l’aéroport, pour leur prise en charge correcte et débusquer les criminels qui s’y cachent. 

-  Excellences Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,

-  Mesdames et Messieurs, 

      Je ne saurais conclure sans souligner que la réponse à la crise actuelle n’est pas que militaire et sécuritaire. En vérité, elle est fondamentalement politique. A cet égard, ce Sommet doit être l’occasion d’un sursaut patriotique de la part de nos frères et sœurs de la RCA, d’un dépassement de soi et d’un sens élevé des responsabilités.  Ils doivent être animés par la seule préoccupation qui vaille : la préservation des intérêts supérieurs de la RCA et de son peuple et permettre ainsi et immédiatement un nouveau départ de la Transition.

      Cette démarche doit être inclusive, et avec la rigueur de l’Etat de droit, ne laisser aucun groupe, ni force, sur le bas côté. L’Union africaine, partie prenante de ce processus, depuis ses débuts, appuiera les décisions de ce Sommet et exprime à nouveau sa gratitude aux leaders de la CEEAC pour leur sagesse, leur leadership et leur détermination.

 

             Je vous remercie.  

Posted by Messay

Last updated by Lulit Kebede

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