Déclaration de S.E. Dr Adama Dieng, Envoyé spécial de l’Union africaine pour la prévention du crime de génocide et des autres atrocités de masse, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine, le 18 juin 2026 Last Updated on Wednesday 17 June 2026


comments

En cette Journée internationale de lutte contre les discours de haine, la communauté internationale est appelée à méditer une vérité que l’histoire a maintes fois confirmée : les mots peuvent sauver des vies, mais ils peuvent aussi les détruire.

Aucun génocide, aucun crime contre l’humanité, aucune campagne de violence de masse ne commence avec la première balle ou la première victime. Tout commence par des idées. Tout commence par les préjugés. Tout commence lorsque des individus ou des communautés sont présentés comme moins dignes de respect, de protection ou de considération. Tout commence lorsque la haine se banalise et que le silence permet à l’intolérance de prospérer.

En Afrique comme ailleurs dans le monde, les discours de haine continuent d’empoisonner le débat public, d’alimenter les discriminations, d’exacerber les divisions sociales et d’inciter à la violence. L’essor fulgurant des technologies numériques a certes multiplié les possibilités de communication, mais il a également facilité la propagation de la désinformation, des discours incendiaires, des récits xénophobes, des stigmatisations identitaires et de l’intolérance religieuse à une vitesse sans précédent.

Les récentes manifestations de violence xénophobe sur notre continent nous rappellent qu’aucune société n’est à l’abri. Lorsque des Africains sont pris pour cible en raison de leur nationalité, de leur origine, de leur appartenance ethnique, de leur religion ou de toute autre caractéristique identitaire, ce sont les fondements mêmes de l’unité africaine qui sont remis en cause. Nous ne devons jamais accepter la banalisation de la haine envers nos semblables.

Lutter contre les discours de haine n’est donc pas seulement une exigence morale ; c’est un impératif de paix, de prévention et de protection de la dignité humaine. Cette responsabilité incombe à tous. Les gouvernements doivent garantir l’état de droit et lutter contre l’impunité. Les responsables politiques doivent s’abstenir de tout discours de division. Les médias et les entreprises technologiques doivent assumer leurs responsabilités. Les leaders religieux et traditionnels doivent promouvoir le dialogue et la compréhension mutuelle. Les établissements d’enseignement doivent former des citoyens capables d’esprit critique et respectueux de la diversité. Quant aux jeunes, ils doivent être encouragés à devenir des acteurs de cohésion plutôt que des vecteurs de division.

La vision de l’Union africaine, telle qu’exprimée dans l’Agenda 2063, repose sur les valeurs d’unité, de solidarité, de dignité humaine, de justice et de coexistence pacifique. Les discours de haine sont fondamentalement incompatibles avec ces aspirations. L’Afrique que nous voulons ne saurait être bâtie sur la peur, l’exclusion et l’intolérance. Elle doit reposer sur le respect mutuel, la citoyenneté partagée et la reconnaissance de notre humanité commune.

Pour avoir été témoin, au cours de plusieurs décennies, des conséquences tragiques des discours de haine dans différentes régions du monde, et pour avoir contribué aux efforts internationaux visant à les prévenir, je demeure convaincu que la haine n’est ni une fatalité ni une force irrésistible. Elle peut être combattue. Elle peut être prévenue. Elle peut être remplacée par le dialogue, l’empathie et un leadership responsable.

En cette Journée internationale de lutte contre les discours de haine, j’appelle tous les Africains et tous les citoyens du monde à rejeter les discours de division, à s’élever contre toutes les formes de discrimination et à réaffirmer leur engagement en faveur d’un avenir fondé sur la dignité, l’égalité et la paix.

Le choix qui s’offre à nous est simple : soit nous laissons la haine façonner notre avenir, soit nous choisissons la solidarité et notre humanité commune. Choisissons la sagesse.

Posted by Abraham Kebede

Nous utilisons des cookies sur notre site web et application mobile pour améliorer la présentation du contenu et l'expérience utilisateur. Nos cookies sont sécurisés et ne stockent pas d'informations personnelles.
Notre ambition est de servir du contenu de qualité à la demande et dans le format approprié afin que vous puissiez engager l'Union africaine de façon constructive dans vos rôles spécifiques.
Si vous avez des questions, vous pouvez contacter directement le Spécialiste Knowledge Management et Administrateur Web à l'adresse shashlm@africa-union.org

COMMENTS